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2 ème pour 27 secondes – Yann Eliès 3ème étape Solitaire du Figaro 2014

2 ème pour 27 secondes – Yann Eliès 3ème étape Solitaire du Figaro 2014
juin 26
17:46 2014
Vingt-sept petites secondes. Rien dans l’absolu mais trop pour Yann Eliès, qui, depuis son démâtage survenu lors de la première étape, n’avait plus qu’un objectif : remporter les trois dernières manches de cette 45e édition de la Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire, le titre étant hors de sa portée depuis son avarie. Après son éclatante victoire à Roscoff la semaine dernière, le skipper de Groupe Quéguiner – Leucémie Espoir espérait évidemment remettre ça aux Sables d’Olonne, ce mercredi. Son plan d’attaque était d’ailleurs parfaitement huilé puisqu’il était parvenu à déjouer tous les pièges du parcours, que ce soit à la pointe bretonne, à Belle-Ile, au milieu du golfe de Gascogne… Tous sauf un, à moins de dix milles de l’arrivée, lorsque la brise d’ouest s’est installée sur le plan d’eau, permettant ainsi à Gildas Mahé de se recaler devant lui, une toute petite centaine de mètres seulement, et ainsi franchir la ligne, peu avant 9h10. La déception est forcément grande pour tenant du titre, même s’il a, une nouvelle fois, montré toute l’étendue de son talent. Alors certes, il ne battra pas cette année le record du plus grand nombre de victoires d’étapes (dix) détenu par Jean Le Cam, mais il lui en reste une pour l’égaler.

Yann, vos premières impressions ?
« Je suis triste, j’ai les boules. Il ne m’a pas manqué grand-chose, mais suffisamment pour ne pas être devant. Gildas (Mahé) a bien navigué. C’est comme ça. Malheureusement, il n’y a qu’une place de premier. Il y en a derrière, qui vont être plus déçus que moi c’est sûr, mais moi, je ne joue pas le général, il n’y a donc que les victoires d’étapes qui me plaisent. Celle-là est ratée. C’est comme ça. »

Cette troisième étape s’est révélée plus complexe que prévue…
« Oui, parce que les conditions que nous avons eues sur l’eau ont été très différentes de celles qui étaient annoncées. Ca a commencé à vraiment merder à la bouée des Galères à Belle-Ile. A 50 mètres près, avec Gildas Mahé et quelques autres, nous n’avons pas réussi à passer la marque et nous avons été contraints de mouiller et nous avons vu les petits copains revenir. En repartant, je n’ai pas voulu prendre le même chemin que tout le monde, je suis parti un peu au large mais je me suis fait quelques cheveux blancs parce que j’ai eu peur de prendre une grosse rouste. Finalement, avec un petit coup de bol quand même, j’ai réussi à recroiser avec le paquet. Après, j’ai réussi à faire la différence dans toutes les phases de transition. Je suis un peu plus rapide que les autres à trouver le bon truc, et encore plus quand c’est de nuit. Pourquoi ? Parce que tu ne vois pas ce que font les autres. Tu as beau avoir l’AIS et voir leurs caps et leurs vitesses, tu ne vois pas quelles voiles ils utilisent. Ca, ça m’a servi parce que j’ai mes repères, mes automatismes. Le bon angle et la bonne configuration de voile pour redémarrer tout de suite. De ce fait, parfois, j’allais une fois et demie plus vite que les autres, ce qui, au bout du compte, fait des différences énormes. J’ai un peu cafouillé à Odas. Je suis arrivé un peu en vrac sur la bouée. J’ai attendu un peu trop avant d’empanner. Sans doute que j’étais un peu cramé. Du coup, de 1,2 mille d’avance, je suis passé à 0,7 mille. J’ai quand même maîtrisé la flotte. Après, jusqu’à BXA, il ne s’est pas passé grand-chose. Globalement, sur cette étape, ça a surtout été de la conduite et des petits décalages de trajectoires mais les conditions ont été vraiment difficiles, la faute à de nombreuses variations de force et de direction du vent. Franchement, c’était super fatiguant car super difficile de trouver le moment où dormir sans trop perdre. Les rares occasions que nous avons eues pour ça n’ont pas été suffisantes pour arriver à récupérer correctement. »

Racontez-nous le dernier bord vers l’arrivée. Que s’est-il passé ?

« Je ne pensais pas qu’il y aurait une phase avec de l’est, mais plutôt qu’on allait arriver tout droit avec du vent de nord-ouest, comme c’était prévu. En fait, ce qui s’est passé, c’est qu’il y a eu des petits relents de la dépression orageuse. Si finalement, elle ne nous a pas gênés, elle a quand  même engendré des toutes petites cellules orageuses qui nous embêtés à l’île de Ré et c’est là où je perds la victoire. Ca ne s’est pas joué à grand chose. Il y a eu un petit coup de sud-est dans lequel j’ai réussi à bien progresser vers mon objectif qui était l’arrivée mais j’ai perdu de vue que l’essentiel c’était le vent de nord-ouest qui allait revenir. Du coup, j’ai eu l’impression de remettre une petite couche à Gildas sauf qu’en étant décalé un peu dans son est, quand le vent est rentré, il m’est passé devant. Ca a été ma petite erreur. Pas grand-chose… »

Que s’est-il passé dans votre tête à ce moment-là ?
« J’ai voulu essayer de rejoindre au plus vite la zone de vent mais en réalité, il ne me restait plus qu’à prier pour qu’il n’arrive pas à recroiser devant. Le truc, c’est qu’il l’a fait, de seulement deux longueurs. Je me suis dit que si on n’arrivait pas à faire la route directe, il y aurait peut-être un petit coup de spi à faire, une manœuvre… Je voulais essayer de l’embêter un peu mais c’était du tout droit alors il n’y a plus rien eu à tenter. La fatigue a joué c’est sûr car le fait d’être devant tout le temps, c’est assez éreintant. Tu as les yeux rivés sur l’AIS pour savoir si tu as perdu, gagné… Ca ne veut pas dire que c’est moins dur pour ceux qui sont derrière mais quand tu es devant, c’est difficile de décrocher pour aller se reposer. J’ai réussi à dormir par petites touches de dix minutes, mais pas comme j’ai l’habitude de faire. Les conditions de vents étaient super instables, ça n’arrêtait pas de tourner dans tous les sens. Sous pilote, soit tu zigzaguais en mode vent soit tu allais tout droit en mode compas et tu t’arrêtais. »

Vous l’avez dit, pour vous, c’était la première place ou rien…
« Oui, comme je ne joue plus le général, même si c’est une étape qui va créé du temps et donc va me permettre de remonter dans le tableau, c’était la victoire qui comptait. Je m’étais fixé comme objectif de gagner les trois dernières. J’éprouve un peu le même sentiment qu’en 2009, quand je perds la Solitaire sur la dernière étape. C’est une grosse grosse grosse déception de ne pas avoir réussi à mener le truc jusqu’au bout. Il m’en reste encore une pour égaler le record de Jean Le Cam. Je peux y arriver. Il va falloir que je me repose bien et ça ne va pas être facile parce que l’escale est courte. Je ne battrais pas le record de Jean Le Cam cette année, mais je peux encore le rejoindre. »

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