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Ça essore au nord des Açores

Ça essore au nord des Açores
juin 03
10:30 2016

Trempés et rincés après 35 heures de combat dans la dépression, les trois solitaires de tête entrevoient quelques heures de répit relatif. S’il est toujours en tête, ce vendredi à 15h30, Alex Thomson (Hugo Boss) a perdu la moitié de son avance sur Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) avant les empannages qui doivent les recaler sur une route vers l’est. Derrière ? On papote, on gère et, pour certains, on se prépare à prendre de plein fouet la dépression qui vire à l’est.

S’il ne fait pas bon partir camper sur les bords de Seine ces jours-ci, il n’est guère plus agréable de croiser dans le cœur de l’Atlantique. Ça secoue, ça gigote, ça siffle et ça mouille, même vent dans le dos pour les leaders de la course. Vissé sur sa terrasse et s’annonçant « rayonnant » physiquement, Sébastien Josse donnait un aperçu de l’ambiance, rythmée cette nuit par des vents de 30 à 38 noeuds : « On est secoué depuis 35 heures, c’est bientôt l’heure de l’empannage et, dans une vingtaine d’heures, ça ira mieux. Ça va aller vers le beau temps, on va évacuer la dépression par son est, mais ce ne seront pas des angles confortables : on sera plus serré (au vent), ça va bouger ».

Josse et Beyou en formation serrée

Après plus de trente heures de flirt avec le centre de la dépression, Alex Thomson a empanné une première fois, ce matin vers 9 heures. Le cap au sud-est (en tout cas en début d’après-midi ce vendredi), le Britannique a concédé un peu de terrain aux deux chasseurs lancés à ses trousses, pour la première fois depuis qu’il a pris la tête, le 31 mai à 3 heures du matin. Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) avancent toujours en formation serrée, mais seulement à 43,3 et 44,4 milles de Thomson.

Les deux Morbihanais ont pris du nord ce matin pour longer le plus longtemps possible les vents forts. Ils devraient à leur tour empanner en fin d’après-midi et se retrouver plus ou moins dans le sillage du leader.

Shiraishi, un pied sur le frein

7e, à quelque 400 milles de la tête, le Japonais Kojiro Shiraishi fait une course plus qu’honorable. Spirit of Yukoh avance, cap à l’est, dans des latitudes similaires à celles de Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur), 5e, et Paul Meilhat (SMA), 4e. Les deux Franciliens de naissance, qui vont bientôt prendre de plein fouet la dépression qui glisse vers l’est (40 nœuds annoncés !), ne sont pas la source de motivation du Japonais, qui n’a tiré ses premiers bords sur Spirit of Yukoh qu’il y a un mois et demi : « Je descends dans le sud pour aller chercher des vents plus cléments, racontait Shiraishi ce matin. Je sens que, si je vais trop vite, je vais casser quelque chose. Mon but est de finir la course et de me qualifier pour le Vendée Globe, et cette course est ma dernière chance. »

« La Transat de la confirmation »

Fabrice Amedeo (Newrest Matmut) fait le tri parmi ces vents, justement. 8e, à 544 milles de Thomson et sur une route très sud, le journaliste s’interdit d’aller se frotter à des vents supérieurs à 35 nœuds. Il continue son apprentissage en vue du départ des Sables d’Olonne, le 6 novembre prochain, sans laisser s’emballer les rotatives. « Je travaille beaucoup de points en vue du Vendée Globe, c’est la transat de la confirmation. J’ai encore beaucoup à apprendre, au fil de l’eau… J’avoue être un peu frustré de cette nuit trop calme, ça ira mieux ce soir dès que le vent reviendra ».

Yann Eliès qui papote…

En queue de peloton, Yann Eliès rêve sans doute de vents forts. 11e, le skipper de Quéguiner – Leucémie Espoir a touché un peu de vent hier soir, mais ce n’est pas encore le laboratoire d’essais grandeur nature dans lequel il aurait vécu s’il n’avait été contraint de faire demi-tour, direction Newport et l’atelier bricolage, la première nuit. Le triple vainqueur de la Solitaire en profite pour parachever la prise en main de son IMOCA60 tout en papotant au fond de la classe : « J’ai croisé Jean-Pierre (Dick, StMichel-Virbac) hier, c’était sympa, et j’ai discuté avec Conrad Colman (100% Natural Energy) à la VHF… C’est mieux d’être groupé ! On prend les chemins de traverse pour les Sables d’Olonne. » Des vents de sud sud-ouest s’établissant sur la route du dernier groupe, avec le creusement d’une petite dépression secondaire, Quéguiner – Leucémie Espoir devrait reprendre de l’allant dans les heures à venir.

… et Vincent Riou qui baille

Sur la route la plus septentrionale de la flotte, Vincent Riou (PRB) a les Açores dans le viseur. Ça va moins vite qu’il l’espérait mais, même si l’ennui pointe de temps en temps le bout de son nez, le Breton prend son mal en patience en attendant de toucher terre samedi soir.

« Je n’ai pas trop l’habitude de naviguer en convoyage, image le vainqueur du Vendée Globe 2004-2005. Je ne pensais pas rencontrer autant de molles, mais comme je régule ma vitesse pour laisser fonctionner convenablement mon hydrogé-nérateur de secours… » Riou devrait passer une douzaine d’heures en arrêt technique aux Açores, le temps de régler ses problèmes d’énergie, d’électronique mais aussi pour colmater la voie d’eau. « Ce que j’ai tapé a endommagé un safran, mais aussi le fond de la coque, à l’endroit le plus profond.

Pas mal de composite est parti, j’ai réparé comme je le pouvais, je n’écope plus qu’un seau par heure ».

A l’exception de cette nuit où, par mesure d’économies, il avait coupé les systèmes gourmands en énergie, Vincent Riou garde un petit œil sur ce qu’il se passe en tête de la course : « Je suis étonné car ça allait vite, puis ça s’est calmé un peu – en tout cas si je considère les vitesses par rapport aux conditions. Alex (Thomson) a bien joué le coup et il navigue bien, sans excès, régulièrement. Le jour de mon incident, je me suis retrouvé coincé dans une zone de molles qui n’était pas annoncée dans les fichiers. Je pense que Jérémie et Jojo ont subi le même piège. Difficile de s’en dépatouiller, ça a rallongé leur route. » La victoire serait-elle jouée, pour autant ? Seb Josse (Edmond de Rothschild) balaie la question : « Vu la météo annoncée sur les côtes françaises, il va y avoir plein de coups à jouer. Il va y avoir un regroupement général dans la pétole. Alors, avec un peu de réussite… »

Le point sur les ETA

Les premières ETA (Heures estimées d’arrivée), toutes provisoires, annoncent Hugo Boss mardi 7 juin en fin d’après-midi dans le chenal des Sables. Peu après, Edmond de Rothschild et Maître CoQ complèteraient le podium. SMA et Initiatives Cœur arriveraient mercredi 8 dans l’après-midi, Spirit of Yukoh le lendemain matin. Pour PRB, ça dépendra de son temps de réparation aux Açores. Dimanche 12 juin devrait être le jour de StMichel – Virbac, Quéguiner – Leucémie Espoir, puis No Way Back et Safran, puis 100% Natural Energy dans l’après-midi. Mais rien n’est moins sûr…

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