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Evolutions pour une révolution

Evolutions pour une révolution
octobre 20
18:47 2016

C’est le grand débat de cette huitième édition du Vendée Globe ! Foil ou pas foil : là est la question… Sur le papier, ces appendices issus de la Coupe de l’America permettent de sustenter le bateau comme s’il était plus léger, et donc la vitesse limite est sensiblement augmentée jusqu’à 10-15% supplémentaires aux allures travers au vent. Mais qui dit avantages, dit inconvénients : ces dérives-foils sont moins efficaces contre le vent et au vent arrière et n’ont d’effet de vol qu’à partir d’une douzaine de nœuds de vent réel… Ce tour du monde va donc lever le voile sur cette incertitude : faut-il effleurer la mer avec un bateau le plus léger possible ou faut-il voler au-dessus de l’océan ?

Depuis trente ans, les voiliers des tours du monde en solitaire ont subi plusieurs révolutions architecturales, d’abord pour des raisons de sécurité, ensuite pour s’adapter à une jauge de plus en plus contraignante. Mais pour autant, leurs performances n’ont fait que grimper au fil des éditions du Vendée Globe puisque lors du premier tour du monde sans escale, le vainqueur Titouan Lamazou avait mis 109 jours huit heures tandis que François Gabart détient désormais le temps de référence depuis 2013 avec 78 jours deux heures… 25% de vitesse en plus pour un parcours désormais près de 20% plus long !

La voile océanique est certainement le sport mécanique qui a le plus évolué ces trente dernières années ! Car les premiers voiliers de 60 pieds (18,28 mètres) destinés aux tours du monde datent justement du BOC Challenge 1996, la deuxième édition du tour du monde en solitaire avec escales. Mais depuis le vainqueur Crédit Agricole III, construit en aluminium, lourd (15 tonnes) et surdimensionné, les architectes se sont penchés sur tous les artifices pour augmenter la puissance tout en diminuant le poids. Ainsi pour le premier Vendée Globe 1989-90, aucune réelle contrainte architecturale n’existait si ce n’est la longueur de coque mais au fil des éditions, la domination des « luges » larges, peu lestées mais énormément ballastées et surtoilées a dû être remise en question suite à l’édition dramatique de 1996-1997 : trois chavirages (Dinelli, Bullimore, Dubois) et une disparition (Gerry Roufs)…

Mât-aile et quille pendulaire

Et s’ils deviennent ainsi plus « raisonnables » avec une jauge IMOCA qui prend en compte la stabilité latérale et l’embarquement d’un matériel de sécurité plus adapté, les 60 pieds ne s’en laissent pas compter côté innovations. En 1996, Yves Parlier s’élance avec le premier mât aile autour du monde… Dès 2000, Michel Desjoyeaux s’impose avec une quille pendulaire qui permet d’augmenter la raideur à la toile. Puis viennent les dérives asymétriques, la multiplication des ballasts, les énormes progrès de la prévision météo avec les fichiers Grib et le routage embarqué, les tissus à voile indéformables, les constructions en carbone pré-imprégné…

Les voiliers IMOCA passent alors sous la barre symbolique des cent jours en 2001, font le tour du monde en moins de 90 jours en 2005, puis en moins de 85 jours en 2009 et en 78 jours en 2013 ! Pourtant les contraintes de jauge sont de plus en plus drastiques avec aujourd’hui une largeur maximale de 5,85 m, un tirant d’eau maxi de 4,50 m, un tirant d’air de 29 m, un maximum de cinq appendices, un franc-bord et un volume de rouf minimum… Et les architectes se succèdent aux avant-postes : Finot-Conq, Lombard, Owen-Clarke, Farr, Kouyoumdjian, puis VPLP-Verdier. Avec des carènes aux formes de plus en plus tendues et aux étraves de plus en plus rondes pour accroître encore la stabilité latérale.

La folie des foils

Mais cette débauche d’innovations se répercute sur les coûts et les skippers envisagent en 2013 l’adoption d’un monotype pour limiter les budgets. L’idée est rejetée mais un certain nombre d’éléments du puzzle qui constitue un 60 pieds IMOCA est alors « standardisé » (mât, quille) et le volume des ballasts limité. Inspirés par les catamarans de la Coupe de l’America, les designers imaginent alors d’adjoindre des dérives-foils pour sustenter les coques et gagner encore en puissance et en vélocité : six nouveaux prototypes sont ainsi équipés de ces nouveaux appendices et un « ancien » a été modifié pour les intégrer.

Mais comme la jauge 2016 limite le nombre d’appendices à cinq (une quille, deux safrans, deux dérives), les concepteurs ont dû imaginer une double fonction pour un même appendice : un rôle antidérive pour empêcher le bateau de déraper sur l’eau aux allures contre le vent et une fonction de sustentation pour soulager la coque en lien avec la quille pendulaire qui a aussi un effet sustentateur. L’extrémité verticale de cette dérive-foil joue ce premier rôle (« tip ») tandis que le coude (« elbow ») provoque la portance, la partie oblique qui sort de la coque (« shaft ») n’ayant qu’un rôle de porte-tip. Au fil des essais en mer, les skippers et les architectes ont alors défini le meilleur calage puisque la jauge interdit de modifier l’incidence du foil, puis ont fait évoluer les profils initiaux pour améliorer les performances, en particulier contre le vent.

Ainsi tous les bateaux à foils sont équipés d’une version 2 mais chacun y a apporté sa touche, l’objectif étant de jouer sur le curseur des performances : plus à l’aise au près, plus puissant au vent de travers, plus cabré au portant… Le gain de puissance apporté par les foils est conséquent particulièrement entre 70° et 120° du vent réel où cet appendice avec la quille pendulaire, permet d’élever la coque en diminuant donc la résistance de l’eau sur la carène avec un bonus vitesse allant jusqu’à deux nœuds par rapport à un monocoque IMOCA « classique » sans foils.

Cette nouveauté architecturale est donc désormais au point après plus d’une saison d’essais mais le débat reste ouvert sur un tour du monde en solitaire sans escale : qui entre les bateaux qui survolent l’eau avec leur foils et les voiliers qui effleurent les mers grâce à leur légèreté, s’imposera après deux mois et demi de navigation au cœur de ces trois océans, lors de cette révolution planétaire avec un panel de conditions météorologiques aussi varié, des dépressions australes aux calmes équatoriaux ? Réponse vers le 20 janvier 2017 aux Sables d’Olonne…

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