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Vendée Globe : François Gabart et Armel Le Cléac’h arrivent aux Sables dans un mouchoir de poche

Vendée Globe : François Gabart et Armel Le Cléac’h arrivent aux Sables dans un mouchoir de poche
janvier 28
10:27 2013

 

François Gabart a franchi la ligne d’arrivée du Vendée Globe le dimanche 27 janvier à 15 heures 18 minutes et 40 secondes, heure française. Le benjamin de la course établit un nouveau temps de référence sur le tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance en 78 jours 2 heures 16 minutes 40 secondes. Il améliore le chrono réalisé il y a quatre ans par Michel Desjoyeaux de 6 jours 00 heure et 53 minutes (crédit photo : Vincent Curutchet / MACIF). Sa vitesse moyenne sur le parcours théorique de 24 393,41 milles : 13 nœuds. Mais il a parcouru en réalité 28 646,55 milles sur l’eau à la vitesse moyenne record de 15,3 nœuds. 

 

François Gabart remporte le 7e Vendée Globe !

 

Le Vendée Globe de François Gabart est l’histoire d’une mue. En un peu plus de 78 jours, le navigateur de 29 ans a troqué son costume d’outsider talentueux pour celui de boss de la course tenant en respect ses adversaires. François Gabart s’est tout de suite employé à bousculer les convenances. Dès la première journée de course golfe de Gascogne, il s’empare de la tête (au classement de 19 heures le 10 novembre) en imprimant un rythme soutenu, plus proche des usages de la Solitaire du Figaro que d’un marathon au long cours. Les conditions météorologiques favorisent les hommes de tête qui creusent rapidement l’écart. En trois jours, les solitaires sont déjà à la latitude de Madère quand s’opèrent les premiers choix stratégiques. C’est Armel Le Cléac’h qui prend alors la tête de la course.

 

Match à quatre

La descente de l’Atlantique Sud, après une traversée du pot au noir complexe confirme la tendance. A l’avant de la course, un quatuor majeur composé d’Armel Le Cléac’h, Vincent Riou, Jean-Pierre Dick, François Gabart entraine dans son sillage Bernard Stamm et Alex Thomson. Alors qu’ils abordent les quarantièmes, les leaders passent la surmultipliée et enchaînent les performances. Le 30 novembre François Gabart établit un premier record de distance sur 24h en 482,91 milles. A l’entrée de l’océan Indien, suite à l’abandon de Vincent Riou, ils sont trois bord à bord, Jean-Pierre Dick, Armel le Cléac’h et François Gabart. Bernard Stamm, quatrième reste en embuscade.

 

L’échappée belle

Le 10 décembre, le skipper de MACIF enfonce le clou : 545 milles en vingt-quatre heures, nouveau record absolu de distance en solitaire en monocoque. Seul Armel Le Cléac’h arrive à suivre le rythme. Positionné à l’avant d’un front, les deux hommes vont créer un écart phénoménal en quelques jours. Le 13 décembre, Jean-Pierre Dick pointe à 155 milles, le 14 il est relégué à plus de 300 milles et près de 500 milles le 15. Dès lors, la chevauchée des mers du Sud va se résumer à un mano a mano spectaculaire. Les deux solitaires seront rarement séparés de plus de vingt milles d’écart et naviguent à vue plusieurs fois. Le 1er janvier, François Gabart revient en Atlantique. Pour la première fois, dans l’histoire du Vendée Globe, un bizuth des mers du sud passe le cap Horn en tête.

 

Le coup du père François

A la sortie du détroit de Le Maire, les deux leaders traversent une zone de molles. François Gabart accentue légèrement son avance qui se porte à une quarantaine de milles. Le 5 janvier, Armel Le Cléac’h rompt l’engagement en virant de bord pour aller chercher un petit front dans son ouest. Pour la première fois depuis la porte d’Amsterdam, les routes des deux leaders divergent. François Gabart maintient sa route vers l’est pour aller chercher la bordure de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Il creuse l’écart et vient se replacer, en maître tacticien, devant l’étrave de Banque Populaire. Quand il franchit l’équateur en améliorant de cinq jours le temps de référence de Michel Desjoyeaux, il possède plus de 200 milles d’avance. Malgré un passage du pot au noir compliqué, François continue de contenir les assauts de son dauphin tout au long de la remontée de l’Atlantique Nord. En coupant la ligne d’arrivée, il devient du même coup, à 29 ans, le plus jeune vainqueur du Vendée Globe détrônant Alain Gautier qui avait remporté l’épreuve en 1993 à 30 ans en 110 jours et 2 heures. Tout un monde.

 

Points de repères

– Plus grande distance parcourue en 24 heures : le 10 décembre, 545 milles.
– Vitesse/ distance réellement parcourue. En 2009, le vainqueur Michel Desjoyeaux avait parcouru 28303 milles à 14,2 nœuds de moyenne. François Gabart a navigué 28 646,55 milles à la vitesse moyenne de 15,3 nœuds.
– Nombre de classements en tête de course (5 classements par jour) : 234
– Nombre de jours en tête de course : 45j 19h
– Les Sables – équateur : 11j 00h 20mn (record détenu par Jean Le Cam en 2004-2005 en 10j 11h 28mn)
– Equateur – Bonne Espérance : 12j 03h 25mn (record JP Dick 12j02h40mn)
– Bonne Espérance – Cap Leeuwin : 11j 06h 40mn (nouveau record)
– Cap Leeuwin – Cap Horn : 17j 18h 35mn (nouveau record)
– Cap Horn – équateur : 13j 19h
– Equateur – Les Sables : 12j 01h 37 min

 

La joie d’Armel Le Cléac’h

 

A 18h35, dans les lumières magiques du soleil couchant, Armel Le Cléac’h s’est glissé sur la ligne d’arrivée du Vendée Globe pour la deuxième fois de sa carrière, 3 heures et 17 minutes seulement après le vainqueur François Gabart. Le skipper de Banque Populaire a réalisé une course dense, aux avant-postes, en accord avec ses aptitudes de compétiteur et les performances son bateau. La déception de ne pas avoir réussi à faire mieux qu’en 2009 a vite été effacée par la satisfaction du travail accompli et le bonheur d’être arrivé. C’est donc un Armel le Cléac’h épanoui qui s’est présenté devant la foule dans le chenal des Sables d’Olonne.

 

Armel Le Cléar’ch :  Ça se termine vraiment bien. J’ai vécu une superbe remontée du chenal avec ce public incroyable. Je pense qu’il y a eu des belles images, mais moi en tout cas, j’en ai plein les yeux. On ne s’habitue pas à cet engouement. J’avais vraiment à cœur d’arriver dans les bonnes heures pour le chenal. J’ai cravaché pour arriver pour le public parce que je savais qu’il y avait beaucoup de monde. C’est fou. »

 

Sa dernière nuit
Il y avait du vent fort la nuit dernière et la mer était assez formée. Il y avait aussi beaucoup de trafic au niveau du cap Finisterre. J’ai un peu slalomé entre les bateaux mais avec l’AIS, ça allait. Un moment dans la nuit,  j’ai eu l’alarme qui a sonné. C’était le trimaran d’Oman a croisé un mille devant moi, c’était sympa, surtout que je connaissais les gars.

 

Une arrivée plus sereine que quatre ans auparavant
Le fait d’avoir déjà vécu l’arrivée, on sait à quoi on va être mangé. Même si ce n’est pas la même émotion. La dernière fois, c’était un peu la délivrance en arrivant, car je n’avais plus beaucoup à manger et la météo était très dure. Là, j’étais mieux et ma seule préoccupation était de rentrer au chenal.

 

Sa place de deuxième et sa course
Ma seule déception est ma place. J’étais venu chercher mieux. En partant, j’étais confiant dans le matériel et sur mes capacités pour être aux avants poste. Je savais que j’avais fait une bonne préparation et ça s’est vu pendant la course. La bagarre a été super intense même si Vincent nous a quitté un peu tôt. Une de mes satisfactions a été mon rythme dans le sud. Il y a 4 ans, j’avais été surpris par la dureté et la vitesse des premiers. Cette année, on a imposé le rythme, ça a été très vite et il n’y a pas eu de moment de répits. Quand je passe le cap Horn, je me dis que le parcours qu’on a fait est le bon.

 

Où s’est joué la course
Pour moi la course s’est jouée au large du Brésil et non au cap Horn. J’étais bien revenu sur François après le cap Horn et avant le détroit de Le Maire. Dans le détroit, on était au portant en train de faire des empannages et à un moment dans la nuit, j’ai mon lasching de gennaker qui a cassé, donc impossible de rouler la voile. Il a fallu trouver le moyen de réparer et ça m’a pris deux heures. François ne m’a pas attendu et le lendemain matin, il y avait 20 milles d’écart puis 40 milles. Ensuite je pensais un peu revenir au contact grâce aux petites dépressions. Je sentais qu’il y avait moyen de revenir sur ce petit passage de fronts. Mes routages étaient assez corrects et j’étais assez serein. Mais le vent n’a pas du tout tourné comme je voulais. Quand le vent est revenu comme je voulais, il s’était passé cinq heures. Je pense que la course s’est jouée à ce moment là et aujourd’hui, ça se confirme avec nos trois heures d’écart. Mais c’est le jeu de la course au large et bravo à François.

 

Déçu et content malgré tout
J’aurais préféré gagner, j’étais venu pour ça et j’avais beaucoup travaillé pour. La déception de ne pas avoir gagné est toujours présente. Finir deuxième, il me manque un petit truc. Après je n’ai pas à rougir. Le fait de faire 3 heures de plus que François et 78 jours, ça enlève un peu de déception. Mais je pense avoir compris pourquoi j’avais perdu cette course. A 99%, je suis content de mon parcours.

 

Sur François Gabart
Je savais que François avait bien préparé son Vendée avec son équipe. Il a été bien entouré et conseillé. Il avait été très difficile à battre déjà lors des entrainements à Port la Forêt. Pour moi, au départ, c’était l’un des favoris, même s’il n’avait pas l’expérience des mers du Sud. Après, j’ai été surpris par la cadence qu’il a tenue. Il n’a jamais lâché le morceau. Je me disais qu’il allait lâcher le morceau, mais j’ai vite compris que ça allait être un coriace jusqu’au bout.

 

Les retombées médias
Demain dans la presse, ça sera François le vainqueur et moi deuxième. Mais bon, c’est la vie. Ce n’était pas un très bon week-end de toute façon : Federer a perdu, les Français en hand aussi et moi je fais deuxième, ce n’est pas génial. (rires). Je mets 11 jours de moins qu’il y a quatre ans. C’est énorme mais pour l’instant je ne m’en rends pas compte. Je n’ai pas eu le temps de souffler et d’analyser ça pendant la course.

 

Ses trajectoires
Sur l’eau, je suis allé jouer un peu plus avec les anticyclones. Avec la voile que j’avais, je savais que je pouvais aller vite dans ces zones là. J’ai été très content de mon passage à la porte de Crozet. Pour moi, c’était un petit coup sympa et bien tactique. J’étais content de pouvoir en placer de temps en temps. C’est pour ça que je fais de la course au large, pour jouer avec la météo et faire des plans tactiques. J’essaye à chaque fois de trouver la route idéale mais François l’a trouvée mieux que moi.

 

Revenir malgré tout
J’ai cru pouvoir revenir dans le pot au noir. Je croyais beaucoup à l’anticyclone des Açores, mais les cierges allumés un peu partout en Bretagne n’ont pas suffit. Quand j’ai commencé à lancer des routages à partir du Cap Vert, j’ai compris que ça allait être difficile avec environ 100 milles d’écart. Mais il ne fallait rien lâcher non plus. Je pense que si j’avais été à 20 milles de François cette après-midi, je pense que la fin de course n’aurait pas été la même avec beaucoup plus de pression.

 

Info ou intox
Bien sur, le but est de ne pas dire nos points faibles. Dire que tout va bien, c’est un peu de l’intox de temps en temps. En termes de performance, je n’ai pas été mobilisé par un gros problème technique. Je n’avais rien de grave à cacher même si j’ai eu plusieurs petits soucis. Ça fait partie de la course et du Vendée. Mais on a l’équipe technique qui fait un super boulot derrière pour aider à réparer. Je pense qu’on a un peu sous estimé la force des hydrogénérateurs à haute vitesse et du coup j’ai cassé un support au bout de trois jours. Mais j’en ai reconstruit un après et j’ai même été félicité par mon équipe technique.

 

En guise de bilan
Ce n’est pas les mêmes émotions qu’il y a quatre ans. Il y a quatre ans, j’étais amaigri et content de finir. Là, j’étais en forme. J’étais surtout à faire le bilan et à me dire qu’au final, c’était une belle course avec François. Cet après-midi, je ressentais de la déception. L’objectif du départ était de gagner. De finir à quelques heures, c’est rageant. Mais avec la remontée du chenal, la déception est vite passée et je suis content de ce que j’ai fait, je n’ai pas à rougir. François a été meilleur, il a gagné et fait une super course. Je suis très fier de mon bateau et de mon équipe qui a fait un super boulot.  Ça va mieux qu’il y a quatre ans physiquement. Je n’ai pas beaucoup dormi la nuit dernière mais globalement, ça va. Je suis content d’être arrivé. Maintenant, il va falloir gérer toutes les émotions. Je remercie vraiment Banque Populaire parce qu’on a un super programme pour les deux prochaines années. Je suis content d’être derrière François qui a fait une super course. 

 

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