Nautisme info

Vendée Globe 2012-2013 : Ténacité ! Jean-Pierre Dick arrive quatrième au classement du Vendée Globe

Vendée Globe 2012-2013 : Ténacité ! Jean-Pierre Dick arrive quatrième au classement du Vendée Globe
février 04
17:12 2013

 

Jean Pierre Dick a franchi la ligne d’arrivée du Vendée Globe ce lundi 4 février à 16 heures 05 minutes et 40 secondes, heure française. Pour sa 3e participation, le skipper de Virbac-Paprec 3, signe là son meilleur résultat dans le Vendée Globe. Il commet aussi l’exploit d’avoir terminé la course sans quille (2 650 milles !) en 86 jours 3 heures 3 minutes 40 secondes. Ecart avec le vainqueur François Gabart : 8 jours et 47 mn (crédit photo : JM Liot/DPPI/ Virbac-Paprec Sailing Team)

 

Sa vitesse moyenne sur le parcours théorique de 24 393,41 milles : 11,8 nœuds. Mais il a parcouru en réalité 27 734 milles (le plus court des 4 arrivées) sur l’eau à la vitesse moyenne de 13,4 nœuds.

 

Le plus beau de ses Vendée Globe
C’est l’une des plus belles histoires de ce 7e Vendée Globe. Une histoire qui mêle performance sportive, courage, exploit technique et humain. Le 21 janvier à 23h45 (HF) alors qu’il naviguait en 3e position à environ 500 milles dans le nord-ouest des îles du Cap Vert, Virbac-Paprec 3 perdait sa quille (voile et bulbe). Jean-Pierre Dick aura donc parcouru 2 650 milles sans cet appendice indispensable pour maintenir l’équilibre du bateau (un record), un périple sur le fil du rasoir, via une escale de 72 heures, au mouillage, dans le port de San Ciprian, sur les côtes galiciennes (arrêt le 31 janvier à 5h30 et re-départ le 3 février à 8h20). Une sacrée prouesse pour ce marin iconoclaste de 47 ans.

 

Le plus rapide entre l’Equateur et le cap de Bonne Espérance
Bien avant cet accident qui lui coûte la 3e marche du podium, le Niçois a été un des grands protagonistes de la course. Dans la descente de l’Atlantique Nord, au niveau des Canaries, il entre dans le top 5. Et passe à la vitesse supérieure en Atlantique Sud où à 6 reprises, entre le 1er et le 3 décembre, il est pointé en tête du classement. C’est lui qui détiendra le meilleur temps sur le tronçon Equateur- Cap de Bonne Espérance qu’il franchit en 2e position, le 3 décembre à 15h05, derrière François Gabart.

Dans l’océan Indien, peu avant le passage du cap Leeuwin, le cinq majeur deviendra un triumvirat. Mais au milieu du Pacifique, alors que Jean-Pierre connaît des soucis de voile d’avant, il se fait décrocher par MACIF et Banque Populaire (jusqu’à 687 milles de retard).
A force de ténacité et après plusieurs grimpettes dans le mât, il parvient à réduire son retard en Atlantique Sud. Sa troisième place semble alors acquise. Mais la perte de la quille du bateau mettra fin à ses rêves de podium. Il la confie alors aux bons soins de son poursuivant – et un temps ange gardien – Alex Thomson.

 

« Jipé », l’homme, le marin
Après une 6e place en 2005 et un abandon en 2008, son 3e Vendée Globe sera finalement le plus réussi.
Vétérinaire de formation, diplômé d’HEC, Jean-Pierre ne fait pas partie du « sérail ».  Il n’a pas usé ses fonds de cirés en Bretagne à enchaîner les Solitaire du Figaro. Il se fait connaître en 2001 par sa victoire dans le Tour de France à la Voile, une victoire acquise grâce à une méthode d’entraînement intensive et rigoureuse. Très vite, il passe à la course au large et devient en peu de temps le grand spécialiste des épreuves en double : trois victoires dans la Transat Jacques Vabre, deux dans la Barcelona World Race. Sous ses airs lunaires, Dick, le gentleman, est un coriace et un gros bosseur. Il a su s’entourer d’une équipe ultra compétente et a toujours fait les bons choix architecturaux pour ses bateaux qu’il a tous fait construire en Nouvelle-Zélande, d’où il les a ramenés en partie en convoyage. Pour lui, l’aventure en monocoque 60 Imoca s’arrête après ce Vendée Globe. La saison prochaine se jouera en MOD 70.

 

La victoire de la ténacité

 

Un accueil digne d’un vainqueur du Vendée Globe. Sur l’eau et en mer, il y avait foule pour saluer le 4e de la course. Pour saluer l’exploit d’un marin galérien. Jean-Pierre Dick sur son Virbac Paprec 3 partait pour le podium, il revient en héros aux Sables d’Olonne, après avoir navigué 2 643 milles sans quille et connu de multiples déboires. « Le but n’est pas le but, le but c’est le chemin », Jean-Pierre Dick a glissé ce proverbe chinois devant un public ému et conquis (lire ses principales déclarations lors de la conférence de presse ci-après).

La perte de la quille
Là où je me suis fait le plus peur c’est le moment où j’ai perdu ma quille parce que le bateau s’est vraiment couché. J’avais la chance d’être à côté de l’écoute de grand-voile. J’ai rempli mes ballasts sous le vent. Je devais avoir 50-60° de gîte et à 70° apparemment, c’est le chavirage. J’ai réussi à abattre et à rouler ma voile. Ça s’est bien passé. Dans mon malheur, j’ai eu la réussite de mettre mon bateau droit. Il y avait du bruit et j’ai confondu le bruit habituel du vérin avec celui du voile de quille qui commençait à se disloquer. Au moment où ça s’est passé, je cherchais des boules quies (rires).

 

Les causes de la rupture
La quille a rompu de fatigue. Dans notre projet, on a opéré tous les tests qui nous semblaient être les plus pertinents, mais il y a peu d’éléments qui permettent de calculer le vieillissement de la quille. On savait que ce serait son dernier tour du monde. On aurait dû la changer mais d’après nos tests, la quille nous semblait parfaitement bien. Il faut bien le dire, c’était difficile de prendre cette décision parce que ça coûte quand même très cher. On ne négocie pas le montant du sponsoring toutes les demi-heures, donc on avait des contraintes financières. C’était difficile d’en payer une nouvelle uniquement par principe de précaution. A 2 000 milles près, on aurait dû l’appliquer.

 

Le mouillage
Ça a été un moment assez incroyable. Décider d’aller mouiller en IMOCA, ce n’est pas neutre. J’ai pris cette décision de me rapprocher de la terre, on avait pris contact avec les gens du port. J’ai sélectionné ce port parce qu’il me semblait être le plus « safe » et il y avait des bouées. Je ne me voyais pas jeter l’ancre avec les 40 nœuds de vent qui étaient attendus. Je pensais trouver un coffre mais il était occupé par un remorqueur. Dans la journée, l’autorité portuaire est venue me voir pour m’avertir que ces bouées risquaient de céder, il ne m’a pas vraiment remonté le moral (rires). J’ai plongé et j’ai vu que c’était une grosse chaêne, qu’elle était vraiment béton et j’ai accroché des bouts à la chaîne plutôt qu’à la bouée qui risquait d’exploser à tout moment.

 

La navigation sans quille
J’ai mené ma petite enquête avec Marc Guillemot, Roland Jourdain et Dominique Wavre qui ont l’expérience de la navigation sans quille. Il ne faut pas naviguer dans des vents qui excèdent 27-28 nœuds. J’ai tenu mon cahier des charges et c’est déjà une fierté.

 

Ce qu’il a appris
Le plus grand enseignement que je tire de cette course, c’est que quand il y a une galère ou quoi que ce soit, même si on n’a pas la confiance en soi pour le résoudre, si on prend les choses une par une et qu’on les fait les plus honnêtement possible en opérant un peu comme un chirurgien, on arrive à solutionner les problèmes. Je ne suis pas un bricoleur-né, mais j’arrive à faire des choses potentiellement incroyables parce qu’il y a une attention à bâtir un plan pour résoudre le problème. Il y a une vraie contrainte, mais si on la saucissonne en problèmes un par un, on arrive à la résoudre. On se sent renforcé, on prend confiance en soi lors d’une aventure telle que celle-là. Il faut se défoncer et le fait de réussir à franchir les étapes une par une, ça donne confiance en soi. Aujourd’hui, je suis un meilleur marin, mais j’ai aussi une connaissance accrue de moi-même.

 

Objectif atteint ?
On est des compétiteurs dans l’âme. Je suis parti en essayant de gagner cette course, mais j’ai basculé dans l’aventure. Après on est content de juste ramener son bateau ici. Mon objectif d’être dans les trois premiers n’est pas réussi au niveau sportif. Après, au niveau humain, c’est différent. Je pense que j’ai vais avoir plus de facilités à me remettre de ma perte de la troisième place parce qu’il y a ce côté glorifiant de la fin de course.

 

Son meilleur souvenir de la course
Pour moi en tant que régatier, le meilleur moment c’est mon passage en tête. Il m’est arrivé ce qui est arrivé mais j’étais dans le match. Ma culture n’est pas le solitaire, j’ai gagné beaucoup de courses en double, mais là j’ai touché le truc du bout du doigt.

 

L’intensité de la course
Il faut avoir une envie incroyable, il faut se battre. Avec la nouvelle génération qui est arrivée, il faut une application physique extrêmement forte. Il faut avoir envie d’y aller, ce n’est pas de la demi-mesure.

 

Partager

Articles en relation