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L’autre défi de l’Hermione

L’autre défi de l’Hermione
octobre 20
10:39 2015

Avant de devenir une prouesse technique, une aventure humaine et un succès populaire, l’Hermione a dû relever un véritable défi entrepreneurial.

L’Hermione est, depuis quelques semaines, de retour à Rochefort, son port d’attache. Après un voyage de 4 mois en Amérique sur les traces de La Fayette, qui a suscité des deux côtés de l’Atlantique enthousiasme et ferveur, la Demoiselle de Rochefort a troqué pour quelque temps ses habits d’ambassadeur pour sa parure de cathédrale de la ville arsenal créée de toutes pièces au 17ème siècle par la volonté de Louis XIV et de Colbert.

On a beaucoup commenté, à juste titre l’aventure humaine, il est vrai très singulière, des navigations de l’Hermione avec un équipage mixte de professionnels et de volontaires bénévoles qui a conquis, par son engagement, sa cohésion, sa joie de vivre, le cœur des américains … et des français ! On a raconté aussi l’aventure technique et l’extraordinaire engouement populaire qu’a suscité un chantier de 17 ans.

64% du projet financé par l’association

On a en revanche peu parlé, ou si peu, de l’autre défi de l’Hermione : le défi entrepreneurial. Car, si l’Hermione est depuis l’origine un projet associatif piloté par des dirigeants bénévoles, ce n’en est pas moins une vraie aventure entrepreneuriale.

Les chiffres apportent un premier éclairage. Selon la dernière étude réalisée au printemps 2015, par le Boston Consulting Group, partenaire/mécène du défi de l’Hermione depuis une quinzaine d’années, le financement global depuis l’origine du défi de l’Hermione – investissement et exploitation du site – a été assuré par l’Association Hermione Lafayette à hauteur de 64 %, par les collectivités territoriales (région, département, ville) à hauteur de 30 % et par des concours d’entreprises ou de banques à hauteur de 6 %.

Les chiffres disent aussi la maîtrise sur la durée des dépenses de fonctionnement et de maintenance à laquelle le bénévolat associatif n’est pas totalement étranger.

Une aventure entrepreneuriale

Mais les chiffres ne disent pas tout. Ce qui est, sans doute, l’aspect le plus singulier de l’aventure entrepreneuriale de l’Hermione, c’est la capacité qu’a eue l’association, qui la pilote depuis l’origine, à relever des défis professionnels aussi divers que complexes.

Constructeur à l’identique d’une frégate du 18ème siècle, entreprise touristique et culturelle qui a su attirer et fidéliser plus de 4 millions et demi de visiteurs, elle a assumé de surcroît, non seulement les responsabilités d’armateur d’un navire unique en France, mais aussi celles de compagnie de navigation, en prenant à son compte la totalité des risques liés à la navigation transatlantique de l’Hermione.

En effet, aucune compagnie de navigation française n’a voulu prendre le risque de faire naviguer l’Hermione avec un équipage mixte de marins professionnels et de volontaires bénévoles.
L’exemple de l’Hermione a montré, de ce point de vue, que l’entrepreneuriat associatif pouvait être aussi performant que l’entrepreneuriat privé ou public classique… voire même plus entreprenant et plus audacieux.

Une audace cautionnée et même encouragée par les responsables des collectivités locales qui ont, de manière exemplaire, joué pleinement le jeu de l’entrepreneuriat associatif et … n’ont pas eu à le regretter !

Gardons-nous pour autant de toute généralisation et de toute conclusion prématurée. Car l’aventure Hermione doit aujourd’hui relever de nouveaux défis : celui de la relève d’une équipe dirigeante en place depuis plus de 20 ans, celui aussi de l’investissement nécessaire pour inventer une nouvelle dynamique touristique et culturelle autour du navire à Rochefort et à l’occasion des prochains grands voyages de l’Hermione.

Mais son principal défi est sans doute ailleurs, dans la préservation de sa singularité et dans la fidélité à un projet culturel et historique porteur de sens et de rêves.

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