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Le Gascogne, sacré casse-tête !

Le Gascogne, sacré casse-tête !
juin 07
12:07 2016

 

Depuis samedi, l’ordre est inchangé en tête de la New York – Vendée (Les Sables d’Olonne). A un peu plus de 300 milles de l’arrivée, 3,3 milles séparaient Jérémie Beyou (Maître CoQ) de son dauphin, Sébastien Josse (Edmond de Rothschild). Troisième, à 28,9 milles, Alex Thomson (Hugo Boss) n’est pas disqualifié pour la victoire : plus le vent est petit, plus l’aléa est grand.

Les trois hommes de tête n’ont pas eu d’autre choix que de se jeter dans la gueule du grand méchant mou. C’est lui qui, le souffle court, va régner sur le Golfe de Gascogne toute la semaine. Autant le Gascogne peut se révéler être, notamment à l’automne, un des plans d’eaux les plus complexes et oppressants de la planète, avec ses vents tonitruants et ses eaux déchirées par les vagues, autant il peut traîner en langueur quand arrive l’été. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, figurez-vous que l’été pointe son nez.

« C’est bien la foire… »

Jérémie Beyou (Maître CoQ), Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) et Alex Thomson (Hugo Boss) étaient encore, ce matin, portés par un flux de sud-ouest en arrière d’un front froid. En tout cas pour ce que racontent les fichiers météo parce que, sur le terrain et dans ce petit temps, ça semble bien compliqué… « Je ne sais pas à quelle sauce on va être mangé, disait même le skipper de Maître CoQ ce midi. Les modèles météo ne sont jamais raccords avec le vent qu’on trouve sur zone. C’est bien la foire et bien malin sera celui qui peut dire par où ça va passer. Dans le golfe, habituellement, on trouve une dorsale couchée en travers à traverser en force ou à contourner. Mais pas là. »

Au milieu de ces questions, les trois avançaient encore cet après-midi à 10-12 nœuds. La nuit prochaine sera molle, à l’entrée de la bulle anticyclonique qui se forme sur le golfe de Gascogne.

Cette bulle se déplacera mardi vers le nord, si bien que du vent d’est, puis de nord-est, devrait rentrer progressivement à 6-12 nœuds, pour une ultime bataille au près.

Triple vainqueur de la Solitaire du Figaro, Jérémie Beyou retrouve une configuration qu’il maîtrise. Mais comment naviguer dans ces conditions inhabituelles ? « Tu te réfères au modèle auquel tu fais le plus confiance ? Est-ce que tu fais route directe ou est-ce que tu fais du marquage de tes adversaires ? C’est chaotique depuis hier matin, où je suis tombé sur un grain. J’y ai perdu 10 milles d’avance sur Seb.

Ce matin, idem : je me suis retrouvé collé à 1,5 ou 2,5 nœuds pendant trois heures sans savoir pourquoi… Il va falloir avoir beaucoup de réussite… ». Ses routages, selon les fichiers auxquels il se réfère, lui donnaient ce midi une ETA à 1 jour + 13 heures… ou 2 jours et 20 heures.

Meilhat en embuscade ?

Quatrième, Paul Meilhat (SMA) va progressivement recoller à la tête de la course, dans les 24 prochaines heures. Sans doute pas suffisamment pour prétendre à une place sur le podium : « Ça a été compliqué pendant quatre jours, où je n’ai eu que des vents forts et très changeants et, là, j’ai fait ma première nuit avec des vents super stables et le bateau sur des rails à pleine vitesse. J’ai bien dormi, ça m’a fait beaucoup de bien. Je pense que ça va être compliqué de recoller tout à fait, parce qu’ils ont beaucoup trop d’avance sur moi et que l’arrivée, très molle, va être difficile. Je sens déjà que le vent est capricieux… »

Paul Meilhat mise une petite pièce sur Jérémie Beyou et son Maître CoQ, sistership de SMA, ex-Macif : « Cette bataille de foilers est intéressante : Maître CoQ a mis des foils différents des autres, et je pense qu’il va être vraiment avantagé dans le petit temps ».

« Espérons le dénouement le plus juste »

Reparti dimanche de Horta (Açores) après douze heures de réparations, Vincent Riou (PRB) picore quelques milles à Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur), qui s’est confectionné une grand-voile décente en réparant ses lattes, et à Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh).

Sur une route plus sud que ses deux rivaux pour la cinquième place, le vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 avance à une quinzaine de nœuds. Pour lui comme pour les six premiers, l’anticyclone qui va étouffer le Golfe de Gascogne fait pointer une belle part d’aléas. Alors, le résultat final, hein… « Ça fait du bien de retrouver le bateau en état de naviguer, avec les pieds au sec et toute l’énergie nécessaire. On sait bien que dans le petit temps, il y a plus d’aléatoire. C’est vraiment la météo qui dicte le résultat. Je vais faire mon max pour arriver vite, et c’est ça qui va me motiver pour les quatre prochains jours ».

Avec la distance que lui procure sa septième place actuelle, le skipper de PRB suit avec attention la bagarre à l’avant : « Il y a un joli duel entre Seb et Jérémie, mais les heures prochaines sont incertaines, ça fera un dénouement très chaud, il faut surtout espérer qu’il sera le plus juste. Ils vont avoir tellement peu de vent que, forcément, ce n’est pas évident de tout maîtriser. Mais ils sont forts, ils se débrouilleront tous les trois pour faire du près avec leurs foilers ».

Amedeo, le choix des vents

C’est la voix embuée et le ton un peu grave que Fabrice Amedeo (Newrest Matmut), 8e à 645 milles, commentait ses dernières heures de course, ce matin. « Le réveil est un peu difficile, là. La nuit a été sportive, j’ai empanné hier soir, il y a eu du vent encore dans la nuit, il fallait être bien « dessus », puis ça a molli. On a contourné la dépression par le sud, j’ai trouvé le vent que je voulais et j’ai évité le vent que je ne voulais pas, c’est très bien. Là, je fais route vers l’Espagne, ça va adonner toute la journée et, dans quelques heures, je ferai route sur les Sables d’Olonne. On va trouver de la grosse molle sur la route, à partir de mercredi soir, qui va nous faire arriver tard sur les Sables, ça va être un peu frustrant. »

Le groupe des pattes cassées avance à bon train, calé à l’avant d’une dépression qui va les accompagner encore deux jours et leur permettre peut-être d’effacer une partie de leur retard (1400 milles à 15 heures ce lundi), grâce à un flux de sud-ouest bien établi.

Colman, pacha dans le vent

Conrad Colman est parti de New York dimanche dernier avec quelque 24 heures de retard, le temps de finir les ultimes préparatifs. Il faut reconnaître à l’Américano-Néo Zélandais son courage et son dévouement total à son rêve, qui est de disputer le Vendée Globe. Déjà « tourdumondiste », le Kiwi de Lorient mène son projet avec une toute petite équipe, ce qui explique son retard à l’allumage à New York. 12e, à environ 1640 milles des leaders, il goûte sa joie de naviguer, sur 100% Natural Energy, à proximité de Pieter Heerema et son No Way Back de dernière génération :

« Conditions plutôt sympathiques, je suis au portant avec 25-30 nœuds de vent. J’ai un ris dans la grand-voile et je suis à l’aise dans ces conditions. Je suis allongé comme un pacha, je dormais il y a peu. C’est agréable d’avoir un bateau à côté, même s’il est très différent puisque No Way Back est un bateau de la dernière génération. Je suis bien content de réussir à rivaliser en vitesse avec le mien, qui est plus ancien. C’est intéressant d’avoir quelqu’un à côté : ça oblige à rester vigilant et, du coup, je pousse le bateau, je règle mes voiles, je cherche de la vitesse et, ça, c’est un vrai plaisir ! »

Sur son No Way Back tout neuf, Pieter Heerema fêtait ses 65 ans, aujourd’hui, non sans humour : « J’ai prévu une petite soirée bien sympa. Je file à bonne allure vers le point de rendez-vous, mais j’ai un seul problème : j’ai 35 nœuds de vent et je crois que le gâteau est un peu brisé, la crème a dégouliné, mais il a l’air très bon. » No Way Back a empanné et semble aller chercher la bascule au nord – nord-ouest dans le nord. Il va être dans un bel état, le gâteau…

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