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Les 48 premières heures du Vendée Globe

Les 48 premières heures du Vendée Globe
novembre 12
19:06 2012

 

Ces 48 premières heures de mer sont à elles seules un concentré de Vendée Globe. Car pendant ces trois prochains mois, il y aura, chaque jour, des hauts et des bas. Des espoirs gagnés et des illusions perdues. Aujourd’hui, le rêve de Kito de Pavant de boucler un jour le tour du monde en solitaire sans escale s’est probablement brisé pour toujours. « J’ai perdu ma bonne étoile et on en a besoin pour faire un truc comme ça. Je crois que le Vendée Globe n’est pas pour moi », regrettait Kito cet après-midi avant d’annoncer officiellement son abandon. Il ne sera probablement pas le seul à voir des années de travail anéanties sur un coup du sort, une casse matérielle. Ces aléas font partie intégrante de la course. Ce pourquoi elle est unique et si dure.

Bataille d’empannages

Aujourd’hui, sur l’eau, il y avait aussi des navigateurs heureux. Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) était encore plein de ses émotions du départ. Arnaud Boissières (AKENA Vérandas) se réjouissait de croiser le fer avec Louis Burton (Bureau Vallée), sans parler de François Gabart, en tête depuis bientôt 48 heures. « Ce n’est que le début, mais je pourrai au moins dire que j’aurai été en tête du Vendée Globe une fois dans ma vie » déclarait, la voix fraiche, le skipper de Macif.  Au large du cap Saint Vincent, poussée par un vent de nord-nord est de 15 à 20 nœuds, la flotte glisse sous spi, à coup d’empannages, dans une mer formée. Et quelle que soit la position dans la hiérarchie, il y a de la bagarre à tous les étages. Aux avant-postes, Gabart est sous la menace directe de ses copains du centre d’entrainement de Port La Forêt : Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), Vincent Riou (PRB), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3).

A l’ouest, du nouveau ?

Pour ce top 5, mais surtout pour ses poursuivants, l’heure des décisions stratégiques a bientôt sonné : continuer à plonger dans le sud, dans un vent qui va bientôt faiblir au nord de Madère sous l’influence d’une dorsale anticyclonique. Ou partir dans l’ouest pour aller chercher une dépression en cours de formation et bénéficier, après sa traversée, de solides vents de nord-ouest. A priori, la tête de flotte peut encore temporiser avant de se décider. Car le vent va d’abord mollir par le nord, pour les retardataires.  En 7e position à 82 milles du leader, Jérémie Beyou (Maître CoQ) passe à l’attaque : il semble avoir clairement choisi la deuxième option. En sera-t-il de même pour ses concurrents directs Mike Golding (Gamesa), Jean Le Cam (SynerCiel), et l’Espagnol Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) ? Quant à la queue de peloton, elle ne devrait pas avoir le choix : il faudra partir vers le large pour ne pas se retrouver tôt ou tard arrêté dans les petits airs !  Pour la première fois depuis le départ samedi après-midi des Sables d’Olonne, la régate prend une tournure stratégique. Les classements, eux, risquent fort de s’en trouver chamboulés.

 

Kito de Pavant revient sur son abandon :

“La probabilité pour entrer en collision avec un bateau, elle est super rare. Toute la nuit, on a croisé beaucoup de bateaux, des cargos. Notre système AIS marche super bien quand les bateaux sont à 10 milles, l’alarme sonne, donc, ça me permet de gérer, de changer la route du bateau en cas de risque de collision. Le problème, c’est que ceux qui ne sont pas équipés du système, on ne les détecte pas. Et c’est un piège parce qu’on n’a pas moyen de les voir. Je suis allé me coucher au mauvais moment. Et même si j’avais été debout, à l’heure où on regarde la météo par exemple, où on est sur l’écran, je ne l’aurais pas vu. Il suffit de 5 minutes. Il n’y a pas eu d’appel à la VHF. Je pense que sur le chalutier, ils n’étaient pas en veille non plus, ils devaient travailler ou dormir. Quand il y a eu le choc, je me suis réveillé en sursaut. J’ai entendu les mecs gueuler mais c’était trop tard. J’ai bondi sur le pont, fait ce qu’il fallait pour que le mât ne tombe pas. On a sauvé au moins ça, mais bon, ça ne sert pas à grand chose. Je n’ai pas de colère contre les pêcheurs mais contre moi, parce que ce truc là n’aurait pas dû arriver. On ne pouvait pas le prévoir, mais je m’en veux de m’être couché au mauvais moment. Ce risque de collision existe toujours en solo, avec les cargos, les pêcheurs. Ça peut arriver au Portugal, au Sénégal, au large du Cap Vert ou du Brésil. Partout. Le bateau est très abîmé. Toute cette énergie qu’on dépense depuis des années et des mois pour préparer tout ça, c’est terrible. Il n’y a plus de bout dehors, il y a un trou à l’avant de la coque, mais le bateau est en sécurité, y’a pas de problème. J’ai sécurisé le mât. Il y a 17/18 nœuds de vent, je suis sur la route directe vers Cascais. J’arriverai en fin de soirée au Portugal. Après, on réfléchira pour savoir ce qu’on fait. Encore une fois, quitter le Vendée Globe après deux jours de course… c’est même pas possible, même pas possible.”

 

Arnaud Boissières revient sur les bouchons :

“C’est difficile de manœuvrer dans le trafic, on essaye de passer le plus loin possible. Nos bateaux sont rapides donc on peut parfois les dépasser. J’ai d’ailleurs fait la course avec un cargo et j’ai gagné. Là, je me retourne et il y a Bureau Vallée qui me croise derrière.”

 

Le Vendée Globe sur Nautisme-info : www.nautisme-info.com/vendée-globe

Suivez la course en temps réel : www.vendeeglobe.org

 

 

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