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Marcher sur l’eau, éviter les péages…

Marcher sur l’eau, éviter les péages…
juin 16
17:40 2015

Les 37 solitaires encore en course ont pour l’essentiel franchi la dorsale couchée sur la Manche, véritable péage avant de gagner Wolf Rock et mettre enfin de l’Est dans la route. En tête, Yann Eliès (Groupe Quéguiner –Leucémie Espoir) suivi de très près par Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) ont pris une sérieuse option pour la victoire finale qui se jouera à Torbay demain après-midi.

La matinée au milieu de la Manche ressemblait bel et bien à l’entêtant refrain d’Alain Bashung. « Marcher sur l’eau » car c’est à la vitesse d’un piéton que les solitaires ont progressé pendant une paire d’heures, passant d’une tâche de vent à l’autre sur une mer d’huile. A deux, trois nœuds, il fallait encore une fois s’arracher sur la troisième étape de La Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire pour être dans le bon wagon. Et prendre le premier son ticket de péage en sortie de dorsale direction Wolf Rock. A ce jeu, c’est le tandem Yann Eliès-Charlie Dalin qui a dicté sa loi et grappillé encore quelques longueurs au groupe de poursuivants, distant de trois milles. Un groupe de cinq skippers qui bagarrent ferme, emmené par Xavier Macaire (Skipper Hérault) et Gwénolé Gahinet (Safran Guy Cotten), aiguillonnés notamment par un Jérémie Beyou (Maître CoQ) qui n’a eu de cesse de recoller depuis la mer d’Iroise. Les tentatives de décalage dans le Nord-Est d’Adrien Hardy (Agir Recouvrement) ou d’Isabelle Joschke (Generali-Horizon Mixité) ont en revanche été bien mal payées en retour…

A portée de voix

C’est en fin de matinée que Yann Eliès est parvenu à prendre un léger avantage au classement, investissant la gauche du plan d’eau le premier lors de la rotation du vent à l’Ouest-Nord ouest. Les deux leaders sont à portée de voix et livrent un mano a mano de grande intensité. « Maintenant, c’est Charlie qui me met la pression ! » commentait philosophe le double vainqueur de La Solitaire. Peu importe si ce n’est que de quelques longueurs, passer en tête le phare anglais serait pour lui une belle façon de conjurer le sort. C’est ici-même en effet que Yann Eliès avait démâté l’an passé, voyant s’envoler ses chances d’un triplé dans La Solitaire, après lequel il court à nouveau cette année. Un triplé auquel, sans présager de la suite, il donne forme mille après mille…

Une pensée pour Benjamin et Nick …

C’est peu dire que le louvoyage contre le courant et dans les cailloux du Finistère nord de la nuit dernière avait laissé des traces ce matin à la vacation. D’abord parce qu’il a fallu attendre d’avoir passé la bouée du port de plaisance de Roscoff – Baie de Morlaix pour espérer quelque repos. Mais aussi parce que les talonnages de Benjamin Dutreux (Team Vendée) et Nick Cherry (Redshift) ont rappelé à chacun que la frontière entre la trajectoire idéale et l’accident est ténue…Ne constatant que des dégâts structurels intérieurs, Nick Cherry a repris la mer ce matin direction Dartmouth où il réparera son Figaro Bénéteau avant de rallier ses concurrents samedi à Torquay. Benjamin Dutreux utilise de son côté le safran de rechange aimablement prêté par Yoann Richomme (Skipper Macif 2014) qui n’a pas mis cinq minutes à en faire la proposition cette nuit par VHF. Il quittera le port de Bloscon où il avait relâché avec Nick, pour rallier Torquay demain.

C’est dans l’après midi de mercredi que l’on attend les 37 solitaires encore en course sur cette troisième étape dans le port du Devon. Les 100 derniers milles se courront sous spi dans du vent d’une dizaine de nœuds. Une fin de course qui, malgré les effets de côte et de pointe autour des grands caps (Lizard, Starpoint), devrait être moins sélective que les première 48 heures.

Ils ont dit :

Yann Eliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) : « … On s’est parlé un petit peu avec Charlie tout à l’heure. On est tellement proches qu’on est à portée de voix. La première partie a été un petit peu chaude. On a tous failli se mettre aux cailloux plus ou moins. On a eu la chance devant de faire la première partie au crépuscule et de voir les cailloux qui n’étaient pas sur les cartes. Le problème c’est qu’on joue à la Game Boy avec des cartes qui ne sont pas forcément précises. Je me suis déjà échoué, je ne fais pas le malin. Il y a un choc, c’est comme un accident de voiture. Ce n’est vraiment pas de chance pour Benjamin qui a de gros dégâts. D’autant que s’il n’a touché qu’avec le safran et pas avec la quille, c’est que ça s’est joué à pas grand-chose ».

Vincent Biarnes (Guyot Environnement) : « Tout va bien, on vient de virer de bord et je pense de passer la dorsale. Il n’y a actuellement que 3 nœuds de vent, on n’avance pas vite. Je suis en queue de peloton car je me suis fait distancer avant Ouessant. Je voulais profiter de la dorsale pour me rapprocher des autres mais ce n’est pas évident. J’ai pris le vent que j’avais à l’instant T puis j’ai joué le vent rapprochant. Quand j’ai vu que tout le monde partait pour profiter du futur vent après la dorsale j’ai voulu me démarquer mais il y a dans ces cas-là un risque que ça s’empire. On verra le résultat dans quelques heures ! Là ça repart tout doucement donc c’est un moment important. J’ai vu qu’Adrien (Hardy) venait de retoucher du vent un peu plus à l’Est que moi. Il marche à 4 nœuds alors que les autres sont moins rapides ».

Nick Cherry (Redshift) : « I was sailing around “ile de Batz” and hit a rock. I went downstairs to look on the computer screen. I tried to sail out the rock but I couldn’t. I had to take the boat out of water to look at damage. There is damage to the keel and structure on the front. Nothing too serious, I should be able to repair to Sunday. I am doing the delivery to Dartmouth, we should arrive tomorrow around 6am. Then I will need 2 or 3 days to repair and will hopefully be ready to race next Sunday.
I feel very disappointed, I was doing ok before I hit. It’s the worst nightmare».

Nicolas Thomas (Guadeloupe Grand Large 1) : « Ça va, on a un peu d’air qui commence à revenir avec 2 ou 3 nœuds. La flotte a l’air assez dispatchée donc on va voir de quel côté ça va passer.
La nuit n’a pas été facile à cause des cailloux. J’étais déjà passé par là pendant la Route du Rhum- Destination Guadeloupe mais on avait plus de vent. C’était dur à tenir, il fallait décider quand virer puis on a eu des courants sur la fin. On a fait comme on a pu ! Arnaud sur Faun Environnement – Afrikarchi m’a dépassé donc j’ai perdu une place. C’était un grand soulagement de passer la latérale n°1. On a pu se reposer et être en forme pour bien gérer les faibles vents d’aujourd’hui.
Après la dorsale le vent devrait rentrer donc on aura une ligne droite jusqu’à Wolf Rock. Puis ce sera de nouveau compliqué vers les côtes anglaises. On verra demain matin ! Je me suis bien reposé ce matin donc ça va un peu mieux qu’hier. Mais on a les yeux qui commencent à se fermer dès qu’on se pose un peu. J’écoute la radio Toubib Free et je vais participer au Schmilblick juste après ce coup de fil ! »

Alain Gautier (Generali 40) : « Cela pourrait être pire, les conditions ne sont pas mal. Ca ne devrait pas aller très vite, mais ce n’est pas désagréable. Ce serait tout de même étonnant que tout le monde ressorte comme il est rentré. On s’est préparé dans la stratégie, dans la préparation de l’étape. Le tout c’est de la mettre en place sur l’eau. J’espère aller le plus vite possible vers le point où il y aura le moins de vent, et en ressortir le plus vite possible. On va essayer de faire une « Cammas », c’est comme ça qu’il a fait en 1997 et qu’il a gagné : en transperçant une dorsale ! ».

Jérémie Beyou (Maître Coq) : « Je ne me suis pas économisé le long de Batz, mais comme tout le monde ! Nous n’avons pas fait trop de virements non plus. Après, ça n’a fait que partir par devant. Avec Alan Roberts (Magma Structures) nous avons été un peu les dindons de la farce ! C’est cher payé, car on a pris du retard. Concernant cette nuit le long de l’île de Batz, ça ne m’étonne pas qu’il y ait eu des talonnages. Ce n’est pas l’idée du siècle de se faire croiser les bateaux de nuit sur la section après Astan. Il y aurait pu avoir des collisions. Une première partie de nuit intense on va dire. »

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