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New York Vendée : A bout de souffle

New York Vendée : A bout de souffle
juin 05
10:45 2016

Au classement de 15 heures, Jérémie Beyou (Maître CoQ) était toujours en tête de la flotte, avec 17,5 milles d’avance sur Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), calé légèrement dans son sud. Troisième, et plus au nord, Alex Thomson (Hugo Boss) comptait 56,6 milles de retard sur le Frenchy. Pour les trois hommes de tête, c’est une nouvelle course qui commence : le vent qui les portait encore à 15 heures est en train de s’essouffler, avant d’expirer lundi et mardi.

Une belle partie de go pour commencer, deux jours de culbuto effréné et, maintenant, une partie de patience ! Décidément, cette Transat New York – Vendée aura offert aux trois grands animateurs de la tête de course une bien jolie boîte de jeux. Elle aura été encore plus fournie si on y ajoute le grand Meccano auquel ont aussi joué les 10 autres skippers encore en course. Seule la boîte du Docteur Maboul sera restée a priori sous emballage – et il serait bien qu’il en soit ainsi jusqu’à la fin de la semaine prochaine.

« Un barrage sans vent pendant deux jours »

A écouter Sébastien Josse ce matin, difficile de dire si les hommes de tête sont heureux d’en avoir terminé avec la dépression qu’ils ont traversée tambour battant, ou si elle leur manque déjà. Le combat fut âpre, mais la passivité des vents dans le golfe de Gascogne annonce déjà une toute autre ambiance à deux jours – voire trois – de l’arrivée. « Celui qui arrivera à faire la bonne ETA (heure estimée d’arrivée) sera vraiment fort, clame le Niçois. L’arrivée dans le Golfe nous promet un barrage sans vent, avec deux jours à 4 nœuds. Ça va être compliqué, même si les modèles nous donnent des passages ».

La vie à quatre pattes

S’il redoute la panne de vent, Sébastien Josse tente aussi d’apprécier devoir changer d’exercice :

« Dans la dépression, il y avait 5 ou 6 mètres de mer organisée. C’est surtout dur parce que nos bateaux ricochent à haute vitesse. Quand ils enfournent, on a tendance à partir vers l’avant ; alors on s’accroche. C’est pareil quand ils accélèrent, sinon on tombe en arrière… Ça va à gauche, à droite… On finit par avancer à quatre pattes, et c’est l’instinct qui le dicte. Mais on s’alimente moins bien, on s’hydrate moins bien, on dort moins bien… Heureusement qu’une dépression ne dure pas une semaine, parce que je ne sais pas dans quel état on en sortirait ».

Le « Good game » tactique de Thomson ?

Alex Thomson (Hugo Boss) a vécu des heures complexes. S’il aime ça jusqu’à ce qui peut s’apparenter parfois à la déraison, il avoue avoir eu besoin de récupérer : « Ça a été assez facile la nuit dernière. J’étais sous grand-voile seule parce que les conditions étaient très fortes (50 nœuds, une mer très grosse), cela m’a donc permis de dormir : je n’avais pas vraiment pu encore le faire depuis le début de la course… » Parti sur une route très nord depuis les premiers empannages après un joli coup tactique, le Britannique a tardé à redescendre. « Je me suis retrouvé très nord hier à cause de mon problème de pilote, je n’ai pas vraiment eu le choix. Le vent est tombé juste avant que le front ne me rattrape, j’étais un peu piégé. J’aurais effectivement préféré avoir la même position que Jérémie. »

Voilà qui fera plaisir au skipper de Maître CoQ, qu’on inviterait bien à se méfier encore de ce Britannique qui adresse un « Good game » avant le coup de sifflet final : « Il va me falloir un peu de réussite pour parvenir à gagner, reconnaît Alex Thomson. Le vent va complètement tomber d’ici Les Sables d’Olonne, cela peut créer des opportunités tactiques. En fait, il faudrait que les autres cassent ou fassent une erreur pour que je puisse les dépasser, et je ne souhaite cela à personne. » Venant du sud à petite allure (4 à 10 nœuds), ce vent va stopper les trois leaders. Il pourrait tout aussi bien redistribuer les cartes en faveur de celui qui aura trouvé la bonne route dans ce labyrinthe en chamallow.

Le coup de l’accordéon

Le grand calme qui s’installe dans le Golfe de Gascogne va provoquer deux événements : évidemment, un ralentissement de la course, puis un petit coup d’accordéon qui va tourner à l’avantage des poursuivants, Paul Meilhat en tête. Quatrième à 376 milles, le skipper de SMA avance encore dans des vents de 20 à 30 nœuds, qui s’essouffleront lundi, pour tomber à 10-20 nœuds.

Ce qui laisse en prévision une journée de pleine exploitation du bateau vainqueur du Vendée Globe 2012-2013, qui finira bien par s’engoncer lui aussi dans la molle. De la même manière, Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) devrait grignoter du terrain sur les trois premiers. Situé ce jour à 483 milles de Beyou, le Versaillais a passé sa matinée à réparer les lattes de sa grand-voile. « Je suis en plein atelier bricolage sur le pont : hier matin, avant un empannage, le bateau est parti à l’abattée dans le fond du surf, puis il a empanné deux fois, cassant quatre lattes de la grand-voile. J’étais super content d’avoir réussi à doubler SMA en vitesse pure, avant de casser.

Je suis aussi content de pouvoir jouer ma chance le plus vite possible, pour m’entraîner à la remontée du chenal. Le finish sera un peu lent. Une arrivée jeudi, ça ne serait pas mal ».

Et sinon ?

Après douze heures de bricolage à Horta avec ses équipes techniques, Vincent Riou (PRB) a quitté les Açores vers 9 heures en 7e position, avec 571 milles de retard sur la tête. Il avançait cet après-midi à des allures de 13-17 nœuds, avant que des vents faibles ne se referment sur lui. Performant à pleine vitesse, son PRB excelle également dans le petit temps. Pas sûr que la pétole à venir soit sa pire ennemie…

Du vent, enfin, pour le club des cinq qui ferme la marche. Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), 9e, précède de peu Yann Eliès (Quéguiner – Leucémie Espoir) et Morgan Lagravière (Safran). Les trois IMOCA60 avancent à bonne allure (18 nœuds à 15 heures), surfant sur la dépression qui va les porter un bon moment. Ça change de la zone de calmes dans laquelle, faute de mieux, ils ont laissé leurs bêtes de carbone s’assoupir ces derniers jours… « On est un petit trio qui se tire la bourre, confirme Yann Eliès. On est encore à cloche-pied sans dérive ni foil bâbord, mais l’empannage nous permettra de naviguer sur le foil (ou la dérive) tribord. On sera alors à 100% du potentiel du bateau. Ne pas avoir de dérive, sur les allures de portant, ce n’est pas gênant. Ça l’est plus quand on a besoin de l’effet antidérive. Il faut alors enlever un peu d’angulation à la quille et remplacer le manque de puissance par plus de ballasts, ou moins toiler le bateau. On perd alors 10 à 15% de puissance, par rapport au potentiel optimal de nos bateaux ».

Amedeo, l’hommage à Mohamed Ali

Placardée à l’intérieur de Newrest Matmut, une phrase de Mohamed Ali, décédé hier, est le mantra de Fabrice Amedeo : « Impossible n’est rien qu’une excuse avancée par ceux qui trouvent plus facile de vivre dans le monde qui leur a été légué plutôt que de chercher en eux la force de le changer. Impossible n’est pas un fait, c’est une opinion. Impossible n’est pas une fatalité, c’est un défi. Impossible est provisoire. Impossible n’est rien. » The Greatest aurait sans doute adoré nos marins.

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