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Nouveau départ à Torbay !

Nouveau départ à Torbay !
juin 24
10:51 2015

Météo Consult l’avait annoncé : le vent allait mollir progressivement en cette matinée de mardi. Devant le cap de Start Point, non loin de Torbay d’où sont partis les solitaires dimanche dernier, boum patatras… Xavier Macaire (Skipper Hérault) meneur de jeu incontesté, s’est retrouvé stoppé net. Après 270 milles parcourus à se battre comme des chiffonniers, les régatiers se retrouvent cet après-midi au coude à coude : 23 bateaux se tiennent en 5 milles, dont 10 en 2 milles ! Autant dire que la dernière étape de La 46e édition de La Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire n’a pas fini de nous tenir en haleine. 200 milles restants jusqu’à Dieppe… sous haute tension.

Un arrêt buffet dont le skipper méditerranéen se serait bien passé ! Ses 7 milles d’avance ont fondu comme neige au soleil : en moins d’une heure ses camarades de jeu sont revenus à toucher son tableau arrière. « C’est un nouveau départ. J’ai perdu toute mon avance, mais ce n’est pas une grosse surprise, on remet les compteurs à zéro et c’est reparti. La motivation est toujours là, il n’y a pas de problème » confiait Xavier à la VHF cet après-midi.

Un Adrien… hardi

Le skipper d’Agir Recouvrement est coutumier du genre : saisir la moindre opportunité pour tenter un coup s’il le sent bien. Dès les prémices de l’écroulement du vent, Adrien Hardy a optionné vers la côte pour aller chercher en premier la renverse de courant et parier sur l’arrivée du vent thermique. Le bougre a réussi son coup et s’offrait une glissade à 5 nœuds tandis que Macaire et Cie plafonnaient à moins de 2 nœuds. Si leurs trajectoires se trouvent décalée, Adrien Hardy et Xavier Macaire sont en tête par rapport à la distance au but.

Retours et bagarres

Le bizuth Benjamin Dutreux (Team Vendée) a lui aussi profité de cette situation cocasse en s’offrant une spectaculaire remontée lui permettant depuis quelques heures de jouer aux avant-postes, non loin de Corentin Horeau (Bretagne – Crédit Mutuel Performance) et de Gildas Mahé (Qualiconfort – The Beautiful Watch). Le Britannique Alan Roberts (Magma Structures) a su lui-aussi se positionner pour attraper le thermique. Alan connaît la région et ses effets de pointes et de baies. Un paquet de six bateaux légèrement décalés au sud de la route directe joue un match dans le match. Les Douguet, Eliès, Beyou, Dalin, Gautier régatent au coude à coude et prient pour que le vent continue de porter.

Clair jusqu’à Owers, nébuleux jusqu’à Dieppe

Poussés par le thermique de sud-ouest qui souffle à 10 nœuds, les 38 Figaro Bénéteau 2, Tolga Ekrem Pamir (Un jour, un homme, un arbre) fermant la marche à 30 milles, progressent à 8 nœuds… avant la renverse de courant. Comme dirait Alain Gautier (Generali 40) : « Il faut faire avec, c’est toutes les six heures ! ». Dans la soirée, le vent ne devrait pas mollir, mais perdre un poil de vigueur dans la nuit. Pour les skippers, la glorieuse incertitude demeure sur la transmanche et l’arrivée à Antifer. D’ici là, la régate bat son plein, malgré la fatigue accumulée…

Ils ont dit :

Adrien Hardy (Agir Recouvrement)

« Je viens de retoucher du vent depuis 15 minutes, depuis que j’ai passé Start Point. C’était rigolo de passer les cailloux avec le courant, quand tu avances à 0,5 nds il faut viser entre les cailloux ! J’ai pris une bonne accélération de courant et surtout le thermique. Pour une fois mon option a l’air de fonctionner, après les déconvenues des premières étapes, j’étais réticent car j’avais perdu confiance en moi. Cette nuit je me suis bien posé. Avec la renverse à terre et le thermique à chercher, et je me suis dit qu’il ne fallait pas attendre d’être scotché pour aller à terre. J’ai voulu profiter du Nord-Ouest pour faire le décalage, c’est toujours plus facile à faire en avançant. Ça va être long les 12 prochaines heures, il va y avoir du thermique. A terre il y a des nuages partout, Ils poussent à vue d’œil. Ils sont bien gris, ce qui signifie qu’il y a une bonne activité thermique à terre : on va avoir du vent jusqu’à 18h et après on va avoir à passer Portland Bill, à priori contre le courant. C’est dur de faire des ETA, la difficulté c’est de savoir à quelle heure on va passer telle pointe. Ça parait simple de calculer des heures de passage aux pointes, mais quand on est fatigué c’est plus dur. »

Corentin Horeau (Bretagne – Crédit Mutuel Performance)

« On venait de toucher une petite risée, mais là ça vient de se recasser la gueule, donc ça va être aléatoire toute la matinée. Il faudrait retoucher un petit peu d’air en début d’après pour avancer jusqu’à Worth, et après c’est encore un peu chaud. La situation est compliquée, mais ça fait un nouveau départ. Xavier est encore un peu devant mais de plus grand-chose ; il avait super bien navigué depuis le début. On a hâte que le vent revienne ! On a tout le monde à côté, le groupe de tête, avec juste Xavier qui est devant, du coup j’étais bien parti de Torquay, mais je me suis fait un peu avoir dans le louvoyage près de la côte après Lands end. C’est quand même bien car je suis resté dans les 10 premiers tout le début de course. C’est positif, mais rien n’est joué ! »

Gwénolé Gahinet (Safran-Guy Cotten)

« Le début était vraiment dur, j’ai eu du mal à rentrer dedans, j’ai fait des petites erreurs, on a l’air de bien recoller, ça fait plutôt plaisir, je suis chaud là ! Je suis prêt à repartir avec les autres et je vais éviter de faire les mêmes erreurs. A mon vent, j’ai Gildas Mahé, Vincent Biarnes et pour le moment ceux au plus près de la terre touchent du vent. Gildas était loin devant, donc on est en train de remonter. Le paquet plus au large a l’air de ne pas avancer très très vite, ce qui est une bonne chose pour nous. On va voir si le thermique tient. Quand on va arriver au milieu de la baie, je ne me sens pas d’aller au fond pour garder le thermique, ça me parait extrême, j’espère qu’il va s’étaler suffisamment loin. Jusqu’à maintenant tous mes concurrent étaient dans le groupe de devant et comme je reviens à leur hauteur, la question va se poser : les marquer ou attaquer. Ça va être important de ne pas trop les lâcher. »

Jéremie Beyou (Maître CoQ)

« Il y a un peu de brise qui est rentrée, on s’était positionné au large pour toucher le thermique et au final ce sont ceux à terre qui ont touché en premier. C’est un peu un nouveau départ… Il n’y a pas péril pour l’instant, tout dépend si le vent tient, s’il adonne, s’il repasse nord-ouest dans la soirée. Les positions des uns ou des autres pourraient faire qu’on passe devant ou derrière. C’est intéressant même si c’est frustrant de voir les autres revenir derrière. C’était programmé, mais après on se ne sait pas, c’est imprévisible, je fais ma tambouille avec les éléments que j’ai. Il y aura encore quelques coups d’ici l’arrivée à Dieppe. L’attente du vent n’a pas été trop longue, on était en courant descendant, donc on n’a jamais fait marche arrière. On a connu pire. Et maintenant ça avance tranquillement sous spi, ça permet de se reposer un peu. La prochaine pointe, on ne va pas aller la chercher parce qu’on sera à contre courant à Portland Bill. Je vais rester au large et taper Owers en direct, c’est encore à 80 milles. »

Xavier Macaire (Skipper Hérault)

« En arrivant sur Start Point, ça a mollit, c’est le passage de la dorsale qui fait sa place en Manche. Comme j’étais largement en tête, j’espérais que ça mollirait par l’arrière. Donc effectivement, c’est un nouveau départ. J’ai perdu toute mon avance, mais ce n’est pas une grosse surprise, on remet les compteurs à zéro et c’est reparti. La motivation est toujours là, il n’y a pas de problème. Tout de suite maintenant, je ne suis pas rapide, je suis centré, mais ça va, ça vient, les risées viennent pour tout le monde. Là, je suis dans une période de molle, mais je suis content de mon positionnement pour la suite. »

Alain Gautier (Generali 40)

« Ca va bien avec ce grand beau temps et pas trop de bords à tirer. Ce ne sont pas toujours les mêmes scenarii qui se passent, on ne prête pas qu’aux riches. Ce ne sont pas toujours les riches qui s’enrichissent. Ce coup-ci c’était l’inverse, c’est bien revenu. Ce n’est pas grave, on va essayer de se maintenir dans le bon groupe. Je me suis fait un peu distancer au départ, j’ai eu un petit souci de ballasts. Je suis revenu au près. J’ai tiré les bons bords au près et je me suis retrouvé dans le bon groupe. C’est agréable. Les deux prochaines nuits ne vont pas être faciles non plus, on fera avec. Quand tu navigues en Manche, toutes les 6 heures tu as le courant dans le nez. Comme il reste encore environ 100 milles pour aller à Owers, on ne va pas y couper »

Yoann Richomme (Skipper Macif 2014)

« Je voulais être parmi les premiers à la côte, non seulement parce que le timing était bon pour la renverse de courant et ensuite pour récupérer le thermique. C’est ce que j’ai fait, j’étais avec Team Vendée (Benjamin Dutreux) notamment et eux se sont recalés plus tôt sur la flotte et leur position est plutôt intéressante maintenant. Moi je suis un peu en retrait parce que j’ai absolument voulu forcer la descente dans la baie pour rejoindre Adrien (Hardy) en dessous et en fait le scénario ne s’est pas vraiment développé comme je l’espérais. Je n’ai pas beaucoup dormi depuis le début, ça a été intense. C’est super intéressant, je suis content que la flotte ait pu se regrouper. C’était un point que j’avais analysé hier soir, qu’à Start Point ça redémarrerait surement. C’est plutôt cool pour la régate. Dès que c’est stable j’en profite pour me reposer parce qu’il reste encore deux jours de régate »

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