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Séparation Nord / Sud sur Lorient – Horta Solo

Séparation Nord / Sud sur Lorient – Horta Solo
septembre 23
22:39 2014
Cette fois, la rupture est consommée. Ils sont quatre à jouer leur va-tout sur une route franchement divergente de la majorité de la flotte. Emmenés par Gildas Mahé (Interface Concept), qui était troisième lors de sa prise de décision, le petit groupe compte quelques francs-tireurs éclairés. Outre Gildas Mahé, on trouve dans les rangs nordistes Frédéric Rivet (DFDS Seaways), Vincent Biarnes (Guyot Environnement) et Alexis Loison (Groupe Fiva). A noter qu’entre Alexis Loison et Gildas Mahé on compte deux vainqueurs d’étape de la dernière Solitaire du Figaro. C’est dire qu’il ne faut pas prendre ces élèves buissonniers à la légère. Pour ces hommes du nord, les conditions s’améliorent sensiblement puisque le vent adonne progressivement en mollissant.

Sur la route du sud, on s’interroge forcément : le vent n’a toujours pas molli et si les Figaro avancent à vive allure, certains s’interrogent sur les conditions du passage au large du cap Finisterre. Dans les machines à laver que sont devenus leurs monocoques, les navigateurs pèsent le pour et le contre. La route semble bien être la plus logique qui ne prend pas le risque de se faire piéger par la dorsale que les hommes du nord vont aller titiller. En revanche, personne n’a vraiment envie de passer devant la pointe nord-ouest de l’Espagne dans 35 nœuds de vent, à planter des pieux au près. Or, les dernières évolutions des fichiers laissent penser que sans être certaine, c’est une hypothèse qu’il faudra envisager. Les hommes comme le matériel fatiguent, à bord le bruit est infernal et les solitaires n’ont guère d’alternative. Soit c’est navigation sur le pont à barrer balayé les vagues, soit c’est vivre confiné dans quelques mètres carrés en tentant de se caler tant bien que mal pour encaisser les chocs à répétition dans la mer. Dormir tient de l’exploit, se faire à manger de l’héroïsme. Dans ce genre de situation, les solitaires usent d’expédients: nourriture toute faite, sommeil fractionné en ciré complet… on touche du doigt les formes de vie végétative.

Rapides mais humides

Dans ces conditions, les soucis de pilote récurrents qui ont touché la flotte n’ont pas arrangé les choses. C’est déjà suffisamment pénible de vivre au près sous la douche permanente, pas besoin d’en rajouter. Dans l’ensemble, la majorité de la flotte a fini par trouver des solutions : changement de compas pour remettre un modèle plus ancien, mais aussi plus stable, utilisation du pilote en mode barre avec quelques degrés d’angle autorisés, navigation barre amarrée… Bien souvent, ce sont des pis-aller, mais cela permet de se préserver. Fabien Delahaye (Skipper Macif 2012) avouait avoir réussi à dormir barre amarrée, quand Milan Kolacek (Bohemia Prahia), heureux homme, était un des rares à ne pas avoir été touché par la maladie. Ce qui ne l’empêchait pas de trouver le temps long : la course pourrait n’arriver que dimanche dans les eaux lorientaises et Milan avouait avoir hâte de retrouver sa famille. Il pourra se consoler en avisant le sort de Damien Guillou (La Solidarité Mutualiste) : aux prises avec des problèmes de connexion de son iridium, Damien ne peut pas recevoir régulièrement les fichiers météo. Cela lui a déjà coûté une transition pas très bien négociée qui lui vaut d’être en queue de flottille. Sachant que la dorsale regagne sur la flotte par l’arrière, le navigateur du Belon risque d’être soumis à la double peine : ne pas pouvoir exploiter les fichiers de vent au mieux tout en subissant un effet d’accordéon. Pendant ce temps, la tête de flotte continue
de filer à plus de dix nœuds de moyenne… Mer ingrate.

Ils ont dit :
Fabien Delahaye (Skipper Macif 2012) :
« C’est encore la machine à laver. Cette nuit, j’ai eu plus de vent que depuis que nous sommes partis
avec des pointes à plus de 30 nœuds. C’est un peu la machine à laver sur le pont, on reste beaucoup
à l’intérieur à surveiller le comportement du pilote. J’ai un passager clandestin à bord : un oiseau qui
s’est perdu. Il était dans le cockpit à se faire rincer par les vagues, j’ai eu pitié de lui, je l’ai mis dans
un seau, lui ai donné du pain et il est dans la cabine. Mais il n’est pas bien vaillant.»

Milan Kolacek (Bohemia Prahia) :
« Ça va bien, mais on n’est pas près d’arriver. Les routages me donnent dans la nuit de samedi à
dimanche, voire peut-être dimanche. J’aimerais bien que ça accélère sur la fin, je commence à avoir
envie de retrouver ma famille… »

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