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Solitaire du Figaro : Des sourires et des larmes !

Solitaire du Figaro : Des sourires et des larmes !
juin 05
11:14 2015

Si les huit leaders de la première étape de La 46e édition de La Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire se tiennent en 35 minutes, la sanction se montre très lourde pour certains skippers venus avec l’ambition de faire un podium. Il y a eu cette nuit, à Sanxenxo, le sourire du premier Thierry Chabagny (Gedimat), mais également l’immense déception de certains marins, comme Adrien Hardy (Agir Recouvrement) ou Gildas Mahé (Qualiconfort – The Beautiful Watch), respectivement 17e et 22e au classement à 3h27 et 3h53 du leader. Deux skippers ultra talentueux venus chercher la victoire qui ont subi la dure loi de la compétition à la voile…

La Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire est une course au temps dont le classement général est établi d’après les temps cumulés sur chaque étape. Au final, c’est celui qui aura passé le moins d’heures sur l’eau qui sortira grand vainqueur. Sur cette première étape mouvementée, les choix stratégiques et l’écroulement du vent sur la fin du parcours ont diablement creusé les écarts. Si ce genre de scénario reste légion sur La Solitaire, il demeure sans doute plus difficile à avaler sur l’entame de l’épreuve. La course au large en solitaire à armes égale est parfois bien cruelle.

Le grand écart

Disons le tout net, l’option ouest de Corentin Horeau (Bretagne – Crédit Mutuel Performance), Gildas Mahé et Adrien Hardy fut fatidique. Avec 4 heures et 22 minutes de retard sur Thierry Chabagny, Corentin Horeau (pourtant deuxième de La Solitaire 2014) fait une très mauvaise opération. D’autant que les huit premiers ne sont pas des bleus sur le circuit, voire des as du Figaro Bénéteau ! Un Yann Eliès (Groupe Queguiner-Leucémie Espoir), un Charlie Dalin (Skipper Macif) ou encore un Jérémie Beyou (Maître Coq) mettra tout en œuvre pour ne pas finir dans les profondeurs du classement. Si tout est possible, si tout peut arriver, force est de constater que les ténors sont tout de même aux avant-postes. Dur, dur de se refaire avec quatre heures de retard même s’il reste encore trois actes. Adrien Hardy reste cependant ultra positif : « Il reste encore des choses à faire au classement général.» La Solitaire réserve toujours de surprises.

Des matchs dans le match

Inutile de dire que la deuxième étape sera plus que disputée ! Plusieurs skippers vont commencer à se contrôler pour arriver devant et tenter de grappiller des places au classement. Jugez plutôt : entre Alain Gautier (Generali 40 – 14e de l’étape) et Benjamin Dutreux (Team Vendée – 21e), il n’y a que 22 minutes ! Le jeune bizuth de l’île d’Yeu peut encore gagner 7 places en une seule étape… De quoi jouer ! Dans le groupe de tête également, les places seront chères, car comme dirait Thierry Chabagny vainqueur entre Bordeaux et Sanxenxo : « 15 mn d’écart avec Yann Eliès, ce n’est rien. ». Et puis, pour ceux pour qui le couperet est tombé, il reste encore la possibilité d’une victoire de manche, succès si convoité…

Baptême du feu pour les bizuths

Ils sont douze à faire leur entrée sur La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire. Douze marins en quête d’expérience et de découverte. Le premier bizuth de l’étape sort tout droit de l’Artemis Offshore Academy (centre d’entraînement à la course au large britannique). Robin Elsey (Artemis 43) prend la tête du classement des bleus devant Benoit Mariette (Entrepose) et Benjamin Dutreux (Team Vendée). Cette première étape en valait bien deux, tant elle fut riche et variée en terme de météo, de manœuvres et de choix stratégiques…

Marc Pouydebat (France AVC) et Tolga Ekrem Pamir (Un Jour Un homme Un arbre) ont abandonné

Encalminés en fin de matinée à l’entrée de la baie de Sanxenxo, les deux skippers ont signifié leur abandon à la direction de course pour cette première étape. L’écart s’accumulant d’heure en heure, et de fait, le temps de récupération avant de prendre le départ de la deuxième étape s’amenuisant, ils ont tout deux décidé de rentrer au port de Sanxenxo afin de se reposer et se préparer. Ces deux hommes ont également vécu leur baptême du feu sur cette première étape, dont ils garderont un souvenir impérissable…

Ils ont dit :

Gildas Mahé (Qualiconfort – The Beautiful Watch), 22e, à 3h 53 et 46s du premier « Quel comité d’accueil ! Ce qui me passe par la tête ? Un autre départ, une autre course, on passe à autre chose ! Je n’ai qu’une envie, c’est d’oublier très vite. Je n’ai pas beaucoup de commentaires à faire. Je n’ai pas compris ce qu’il s’est passé, comment les autres sont passés plus bas à la côte. On était un peu dans le vague total avec mes deux acolytes de route. C’était l’incertitude, on n’avait plus de météo, plus de pointages, plus rien, donc ce n’était pas facile. Quand je fais des conneries, je ne les fais pas à moitié ! J’ai la niaque, sous spi je voyais les autres mettre des ris, mais pas moi. Mon vieux spi a bien tenu, j’étais énervé, j’allais vite. C’était la foire à l’arrivée effectivement, mais quand cela ne veut, cela ne veut pas… J’ai mal navigué au début, mais c’est cher payé. »

Tolga Ekrem Pamir (Un jour, un homme, un arbre), 38e à 8h 42mn et 35s du premier « Ce fut une étape très compliquée, on avait le choix entre le Sud ou l’Ouest dès le début. En sortant de la Gironde, je voyais tout le monde partir au Sud, je voulais faire pareil mais je ne l’ai pas fait. Je n’arrivais pas à m’écouter pour prendre les décisions. Je m’engueulais tout seul ! Ce doit être un manque de confiance en moi, dans la course au large l’expérience est importante. Donc j’ai suivi la course comme des moutons. Je prenais un chemin qui ne m’appartenait pas… c’est difficile à digérer. Au cap Finisterre, la météo était musclée. Je me suis pas mal protégé pour ne rien casser pendant cette première étape. C’était un choix, je risquais de perdre des places mais je suis content de ne pas avoir fait de grosse casse. J’ai pris la décision d’abandonner car je n’avais pas envie de passer une autre journée en mer. Je n’ai pas de préparateur donc il me faut du temps pour préparer le bateau, me reposer… »

Jérémie Beyou (Maître Coq), 7è à 33 mn 20 du premier « Les arrivées comme ça, ce n’est pas bien, mais c’est pareil pour tout le monde. Déjà, bravo à Thierry (Chabagny), il mérite de la gagner. Il a beaucoup mieux navigué que nous sur le bord de portant à l’arrivée. Il a osé aller empanner dans le vent fort, là où nous sommes revenus, petits bras, à l’intérieur de la courbure pour trouver moins de vent. Je suis super content pour lui. Moi, j’ai fait une course sans relief, un peu terne, du petit positionnement, du gagne-petit et finalement du gagne rien du tout. Ca se solde avec un peu plus de retard que ce que je pensais, donc ce n’est pas génial, mais ce n’est pas mort non plus. Je ne sentais pas bien les coups, je peinais à trouver de la « carbu », j’ai focalisé là-dessus, j’étais un peu suiveur, je voulais limiter le risque, je ne voulais vraiment pas me planter sur cette première étape, mais il va falloir se réveiller monsieur Beyou ! Physiquement ce fut dur, on a beaucoup manœuvré, il y avait pas mal de mer. Je suis désolé pour les autres, mais c’est largement plié pour eux… »

Isabelle Joschke (Generali-Horizon Mixité), 13è à 3h 05mn du premier « C’était long, et je suis bien contente d’être arrivée. Les dernières heures ont été étonnantes. 7 heures de pétole, pour les nerfs c’est difficile. On avait l’impression qu’on ne maîtrisait rien, on se faisait pousser sur la ligne. C’était une étape inattendue. Le cap Finisterre, je ne l’avais jamais vécu dans ces conditions, pourtant je m’étais bien préparée, mais j’ai tout fait à l’envers. J’ai eu l’impression que tout s’est passé à l’envers de ce que j’attendais. C’est toujours comme ça le Figaro. On a des attentes et on est souvent étonné. J’ai assez bien géré le sommeil. Autant la première nuit, je n’ai pas dormi, mais après je ne me suis pas privée parce que je savais que ça allait être dur sur la fin. C’est ce qui a fait que j’ai récupéré des places avant l’arrivée. Les écarts sont importants, c’est ingrat comme étape. Le premier est loin. »

Robin Elsey (Artemis 43), 16è, 1er bizuth de l’étape à 3h 25mn « C’était étonnant, mais bien. C’était une étape difficile, très dure, c’est clair. Il y a eu des hauts et des bas. Il y a eu deux fronts qu’on a dû traverser. Mais c’est le propre de ces étapes de large, tu dois gérer plein de choses, être sur tous les coups, continuer à avancer et c’est un peu stressant. Parfois, on voyait des gars revenir de derrière. Globalement, j’ai pu dormir. Je ne sais pas trop ce que j’ai eu, mais n’étais pas très pendant les deux premiers jours. Ensuite, je n’ai pas eu de souci avec le bateau, j’ai trouvé mon rythme, et j’ai pris beaucoup de plaisir. Et cette arrivée, c’est plein de sentiments finalement. »

Adrien Hardy (Agir Recouvrement), 17è, à 3h 27mn du premier « Pfffuii… J’en ai fait un paquet d’étapes, mais là, c’était vraiment dur. La fin, c’était hyper long. Mais, je n’avais pas envie de lâcher, j’ai fait comme si j’étais bien placé. A ce tarif là, on n’est plus à 10 minutes près, même à une heure près, mais j’essayais de faire comme si j’étais devant. L’étape a été un peu le cauchemar, ce n’est pas évident, surtout qu’il n’y avait pas grand chose à faire pour revenir. Forcément, je suis hyper déçu de cette étape. Quand j’ai vu qu’on était trois-quatre bateaux, je me suis dit que c’était bien, d’autant plus que ce sont des gars qui vont plutôt vite. C’était sympa de naviguer avec eux. Mais en fait, tu ne sais pas si tu es devant, si tu es derrière, tu ne sais pas grand chose. Cela ne me semblait pas complètement débile au vu de la météo, mais tactiquement par rapport à la grande majorité, ce n’était pas une bonne idée. »

Benjamin Dutreux (Team Vendée), 21è, 3è bizuth, à 3h 43mn « Quelle course ! C’était la première fois que je passais aussi longtemps en mer. J’ai appris pas mal sur moi, c’était une bonne expérience. C’était un peu dur, on a eu toutes les conditions. Il me reste quelques points à travailler, c’est dommage j’étais bien remonté, mais j’ai mal géré la transition dans la molle. C’est cool d’arriver, j’ai beaucoup de choses dans la tête. Je suis content de partager ça avec tout le monde, il y a de quoi raconter ! J’ai fait parfois n’importe quoi, je pense que c’est le manque de lucidité. On est crevé, on se dit qu’il faut attaquer alors que ce n’est pas le moment. J’ai beaucoup donné la première nuit pour revenir dans le match, ce que j’ai réussi à faire en recollant au groupe de tête. Et quand je me suis reposé, ils sont partis. Après j’ai fais deux-trois coups à l’envers. J’ai mal géré ma fatigue. C’était vraiment une belle étape avec un grand bord de portant dans 25 nœuds. J’aime bien le lever du soleil du matin en mer, c’est une bonne image que je garde. »

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