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Solitaire du Figaro : Le labeur est dans le près

Solitaire du Figaro : Le labeur est dans le près
juin 02
21:00 2015

Le calme plat sur une mer d’huile qui sévissait hier sur le golfe de Gascogne n’est plus qu’un vieux souvenir. Les petits airs ont cédé la place à un flux de sud-ouest bien établi, qui s’est renforcé pour souffler jusqu’à 23 nœuds dans les rafales, levant une forte houle combinée à des vagues croisées. Sans être dantesques, ces conditions n’ont rien d’une partie de plaisir pour les 39 marins de La Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire.

Deux fois la route, trois fois la peine…  48 heures après le départ, l’adage de vigueur dans le monde de la course au large pour décrire la navigation dans des vents contraires se confirme. Dur, dur pour les hommes et les femmes de la flotte qui ne doivent rien céder au risque de perdre un peu de précieux terrain sur les routes divergentes qui mènent jusqu’à la ligne d’arrivée. Penchés et malmenés sur cette houle désordonnée, plusieurs d’entre eux, ont confié souffrir du mal mer, et ce alors qu’ils doivent garder les idées claires pour tracer au mieux leur chemin en direction du cap Finisterre.

Deux groupes, deux options

Cette première étape annoncée ouverte aux options stratégiques tient, en effet, toutes ses promesses, puisque deux groupes bien distincts se sont formés au milieu du golfe de Gascogne. D’un côté, il y a le paquet de tête, où pointent, entre autres, Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), Yann Eliès (Groupe Queguiner-Leucémie Espoir), Xavier Macaire (Skipper Hérault), Jérémie Beyou (Maître CoQ), ou encore Gildas Morvan (Cercle Vert), qui signe une belle remontée aux avant-postes.  Ce groupe a pris le parti de jouer les oscillations du vent, quitte à multiplier, la nuit dernière, les virements de bord.
De l’autre côté, progressent ceux qui, concédant un peu de retard, ont fait le choix de se démarquer. Adrien Hardy (Agir Recouvrement) et Gildas Mahé (Qualiconfort-The Beautiful Watch), Nick Cherry (Redshift) et Corentin Horeau (Bretagne – Crédit Mutuel Performance), entre autres, sont de ceux là. Ils espèrent tirer leur sillage du jeu en bénéficiant non seulement d’un peu plus de pression dans leurs voiles plus au large, mais surtout d’un angle plus favorable pour franchement accélérer dans la descente vers les côtes espagnoles.

Du près, au portant en passant par une phase de transition

Les prochaines 24 heures s’annoncent sous haute tension pour l’ensemble de la flotte qui va de nouveau passer d’un système à l’autre. Le vent va  progressivement s’orienter au nord-est, permettant aux solitaires d’enfin se rapprocher de la route directe. Mais qui dit changement de régime, dit aussi phase de transition. Avant d’ouvrir les voiles, de hisser les spis et de débouler au portant dans un flux établi, qui doit fraîchir avec de fortes accélérations aux abords du cap Finisterre, les marins vont de nouveau devoir composer avec des vents plus légers et plus instables. Peut-être la phase clé de cette étape de large sur les eaux tourmentées du golfe de Gascogne. Un premier parcours où l’intensité monte crescendo, en direction de Sanxenxo, terme de cette première étape très exigeante pour les nerfs, comme pour les organismes, qui ne laisse aucun répit…

Les chiffres du jour :  

30
C’est le nombre de milles en moyenne effectivement parcourus par les solitaires vers le cap Finisterre, et par voie de conséquence vers l’arrivée. La faute aux vents contraires qui obligent, depuis hier, la flotte à tracer sa route en zigzag, au louvoyage, en multipliant les virements de bord. En réalité, le plus rapide sur ces 24 dernières heures, Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) a parcouru 103 milles sur la dernière journée…

208 000
C’est le nombre de téléspectateurs devant le direct France 3 (partenaire de l’épreuve) du départ de la 46e édition de La Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire dimanche dernier. Cette émission spéciale a été diffusée dans six régions : Aquitaine, Bretagne, Haute-Normandie, Basse Normandie, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Un chiffre record !
Le mot du jour : classements
A côté du classement général, du classement d’étape Eric Bompard cachemire et du classement Bénéteau des Bizuths, trois autres classements sont à prendre en compte.
Le Prix Radio France : il récompense le bateau en tête lors du passage de la bouée Radio France (Jackson Bouttel sur GAC Concise sur cette première étape). Le classement est établi en fonction de l’ordre de passage à la bouée (le premier remporte 10 points, le 2e 9 points…Jusqu’au 10e).
Le record CLS : il est attribué au bateau ayant effectué la meilleure progression entre son classement à la bouée Radio France et son classement à l’arrivée de l’étape. Le classement général du record CLS récompense le skipper qui a cumulé le plus grand nombre de points sur l’ensemble de la course ((1 place gagnée = 1 point).
Trophée Suzuki : il récompense le premier bateau passant la marque de mi-parcours Suzuki à chaque étape. Pour cette première étape, la marque, ne sera pas à mi parcours (le golfe de Gascogne étant un vaste terrain de jeu), mais se situe par le travers du cap Finisterre (270°).

Ils ont dit :

Gildas Morvan (Cercle Vert) : « J’ai profité que les conditions soient encore assez calmes pour dormir un peu en début de nuit. Ensuite le vent est rentré, la mer s’est formée, on avait trois mètres de houle ; c’était un peu plus compliqué, j’ai donc barré quasiment toute la nuit. J’ai bien fait marcher le bateau, j’ai une bonne vitesse et je suis revenu au contact du petit paquet de tête, j’ai croisé pas très loin derrière, pas loin de Yann Eliès… C’est plutôt bien, bon boulot ! J’ai vu des dauphins plusieurs fois, ils sont venus jouer autour du bateau et Lune éclairait bien, on voyait bien la houle, on n’était pas trop mouillé… On va virer d’ici quelques heures, on va faire route tribord amures vers le cap Ortegal, le vent va mollir, on va traverser une zone de vent faible. On va essayer ensuite d’attraper le vent d’est, nord-est le long des côtes de l’Espagne, qui doit se renforcer au cap Finisterre. »

Sophie Faguet (Région Basse Normandie) : « La nuit dernière a été un peu plus compliquée pour moi, j’ai mis un peu de temps à passer sous solent, je n’ai pas été très rapide et je suis un peu restée en travers sur la piste. L’idée, à présent, c’est de ne pas lâcher le paquet, de naviguer propre jusqu’à l’arrivée en Espagne où il peut se passer beaucoup de choses. D’ailleurs, on a encore une dorsale à négocier un peu avant la côte espagnole. Je suis restée un peu longtemps à gauche du paquet en début de nuit, donc l’idée maintenant, c’est de réduire l’écart et de jouer sur la fin. »

Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) : « Il y a 20 nœuds, la mer est dans tous les sens, ce n’est pas très bien rangé et il y a du soleil. Ça bouge pas mal, mais je préfère ces conditions à celles d’hier, au moins c’est franc du collier. On a fait pas mal manœuvres cette nuit, on a joué au jeu de l’ado-refus. J’en ai profité pour bien dormir aussi, car j’ai trouvé les bons réglages de pilote, j’ai dû enchaîner une dizaine de siestes. Je suis bien reposé  et ça se déroule bien pour moi : je me suis changé, j’ai pris mon bol de céréales ce matin. Ça va mollir, là pour l’instant  ça va rester fort jusqu’à un peu avant le virement de bord. Le routage fait virer à 20h00 locales vers le cap Ortegal. Dans la nuit, ca mollira en descendant vers le cap Finisterre et il y aura un mur à traverser, ça ne va pas être facile avec la mer qu’il y a … ça va être horrible ! L’objectif est d’aller chercher le vent d’est le long de l’Espagne, mais on ne l’aura pas avant demain fin de matinée. Ça va être compliqué à récupérer, la nuit prochaine va être difficile. On a vu plein de dauphins, j’ai même réussi à les filmer ! Ils font des sauts autour du bateau. »

 

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