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Transat AG2R: Interview de Gwénolé et Paul, les marcassins de la course au large: “on a bourriné”!

Transat AG2R: Interview de Gwénolé et Paul, les marcassins de la course au large: “on a bourriné”!
avril 30
09:00 2014

1/ Marcassiner

Paul : On a vraiment travaillé les réglages en se disant : on veut aller plus vite que les autres. Et dans le vent fort, en gros, on a fait comme Xavier Macaire avec qui j’ai fait un stage cet hiver à La Grande Motte. On a « marcassiné ». C’est un peu l’expression maintenant en Figaro. Avant, il y avait les sangliers. Nous, les jeunes, on est les marcassins. Le marcassinage, en gros, c’est : plus il y a de vent, plus on tire sur les voiles, plus on gite, plus ça penche et plus ça fait peur, mais plus on va vite et plus on borde et moins on choque et on bourrine ! On a passé deux nuits, après le Cap Vert, où la bôme était presque tout le temps dans l’eau. Gwéno disait : bon ben là, il faudrait peut-être choquer un peu de hâle bas, ballaster. Et moi je lui disait non : on pousse, on pousse, je suis sûr que ça va marcher, pendant deux jours, on se fait mal et on y va. En discutant avec les autres, je sais qu’ils n’ont pas fait ça. Ils ont été plus raisonnables, ont mis le petit spi…

Gwénolé : Il y a un moment qui m’a marqué : le passage du DST. On choisit notre option, elle se révèle pas mal parce que le vent monte. Et puis il monte et il monte encore, avec une mer démontée au cap Finisterre. J’ai barré pendant 2 heures le long du DST, c’était bien physique. On arrive à la fin du DST, on choisit quand même d’affaler le spi pour empanner tranquillement et puis au moment de renvoyer, je dis à Paul, bon, on mettrait pas le petit spi là ? Et là, Paul me regarde et me dit : NON, Y’A PAS DE VENT OK ?

Paul (mort de rire) : Et tout en lui disant ça : je regarde l’anémo, y’avait 38/39 nœuds. On renvoie le grand spi, ça mollit à 35 nœuds et je lui dit : Bon, maintenant on largue le ris, et on y va, on mule. C’était un super moment !

2/ Attaquer

Paul : C’est Xavier Macaire qui a instauré ce côté-là, d’attaquer. Les jeunes en Figaro ont compris que plus c’est dur, plus il faut attaquer, plus il faut se faire mal. C’est la première fois que j’attaquais aussi longtemps. Il faut dire que le bateau est exceptionnel au portant, on peut naviguer très toilé. La prise de risques rend la compétition encore plus belle. On s’est lâché, on avait peut-être moins de pression. Le fait d’avoir suivi le Vendée Globe m’a donné aussi l’envie d’appliquer ce qu’ont fait Mich’ (Michel Desjoyeaux) et François (Gabart). Car François a attaqué tout le temps. A un moment  donné, si on veut gagner, il faut attaquer. Avec le niveau qu’il y avait sur cette transat, il fallait attaquer. »

3/ Prendre des risques, tenir le rythme

Gwénolé : La prise de risques est parfois inquiétante. J’avais quand même ce stress de la casse, comme ça m’est arrivé à la dernière Mini-Transat devant le Portugal. On s’est quand même fait peur devant le DST. Quelque chose est resté coincé dans le safran, une tortue peut-être, on ne sait pas vraiment. Du coup, nous avons du affaler le spi rapidement, pensant qu’on avait cassé le safran. Et là je me suis dit « merde ! Ça recommence (lors de la Mini Transat 2013, le bateau de Gwénolé heurte un cétacé et menace de perdre sa quille. Gwénolé est récupéré par un chalutier, ndr). »

Paul : Le rythme était vraiment dur. Nous n’avions pas vraiment le temps de se prendre la tête ni de râler. De temps en temps, je râlais  sur moi, je voulais que ça aille plus vite. Mais Gwéno a vite compris que c’est de temps en temps ma manière de fonctionner. On était tellement à fond ! Parfois, c’était dur parce que nous étions vraiment fatigués. »

Gwénolé : J’ai découvert ce que c’était de barrer 12 heures par jour. C’est vraiment sollicitant.

4/ Les moyens, plus que l’objectif

Paul : On avait peut-être moins de pression que les autres, mais on a hyper bien préparé cette course. En fait, tout de suite, et sachant que c’était dans les attentes de Gwénolé, il y avait l’objectif de découvrir le bateau, de progresser. Ce challenge m’a plu. Ça fait partie de ma formation aussi de transmettre (Paul est coach en dériveur), on s’est servi de ça pour s’enlever la pression du résultat. On s’est dit : il y a un tas de cadors qui veulent tous gagner cette transat. Nous aussi, mais on a d’autres choses à aller chercher. On s’est concentré sur ces autres choses. Au lieu de se dire : « on va gagner, on va gagner », on s’est dit  « on va essayer de faire avancer le bateau plus vite possible ».

 

5/ Transmission et échange

Gwénolé : Nous avons instauré un dialogue intense, parce que l’objectif c’était la transmission d’expérience de la part de Paul. Nous avons été bons sur l’échange et la communication. Quand on changeait de quart, à chaque fois il y avait discussion. Les autres équipages sont très bons, mais ils ont chacun leur projet, et peut-être qu’ils n’ont pas l’habitude de coopérer.

Paul : Il y a deux ans, quand j’ai fait la Transat AG2R LA MONDIALE avec Fabien (Delahaye), il m’avait raconté comment il avait gagné avec Armel (Le Cléac’h). Je me souviens qu’il avait insisté sur le côté « on se prend la tête sur les réglages ». Du coup moi aussi j’avais appris plein de choses. Avec Gwéno, j’ai retrouvé cette configuration de l’échange. Je crois c’est une des clés de notre victoire.

ET LA VICTOIRE FUT…

Paul : Nous nous sommes rendus compte que ça sentait la victoire à deux jours de l’arrivée. Quand Skipper Macif empanne. Il est au vent, il empanne et se met derrière nous, dans l’axe, et là on se dit « c’est bon ». Nous les avons vu faire, nous avons vu leurs feux… On n’y croyait pas, nous pensions que c’était Etoile Média ! Et quand nous avons vu le classement, ils étaient 4-5 milles derrière. Je pense qu’ils ont douté. Et nous, ça nous a boosté. Nous nous sommes dit qu’on pouvait aller encore plus vite. Fabien et Yoann ont du avoir un mauvais coup au moral.

Paul, première victoire, enfin !

Oui, première victoire sur une grande course après 5 années en Figaro. C’est venu doucement, c’est peut-être aussi ma façon de naviguer. J’ai essayé d’être régulier. L’année dernière, j’ai gagné quelques épreuves un peu moins prestigieuses (Solo Concarneau, Tour de Bretagne). Mais depuis 3 ans, c’était des tops 10, des tops 5, quelques podiums. Là, c’est une première victoire sur une épreuve de référence. C’est super ! Yvon Breton disait que ce sont les marins, les anciens, qui ont fait la renommée de cette course, nous, on profite de cette renommée pour se faire aussi un nom.

Gwénolé, première victoire, déjà ! 

On ne pouvait pas rêver mieux. C’est une super entrée en matière. On part pour 2 ans avec Safran-Guy Cotten. Une victoire en début de partenariat permet vraiment de lancer le projet, d’impliquer les salariés des deux entreprises. On sent que ça accroche.

 

 

LES MOMENTS FORTS

GwénoLé :  Il y a eu plein de moments forts. Le passage du front dès le deuxième jour m’a marqué. Ça s’est fait d’un coup, en 5 minutes le vent a tourné. Juste après, on a eu un gros coup de speed car Generali avait déjà envoyé le petit spi. Paul m’a speedé pour envoyer le spi, donc je suis allé à l’avant et dans une vague j’ai décollé du pont d’un mètre. Il y avait des vagues de face. Nous sommes partis comme des furieux sous petit spi avec des vagues de face. C’est quand même dans ces moments-là qu’on peut casser du matos.

LA RENCONTRE

Gwenolé : On se connaissait un peu par de très bons amis communs. Quand le projet s’est lancé, il y a eu pas mal de réflexion avec les sponsors pour savoir qui serait l’équipier sur la transat. Ce qui me paraissait très important, c’était de partir avec quelqu’un qui connaît bien le circuit Figaro et le bateau. Parce que c’est une classe de spécialistes, c’est très pointu. Je n’avais pas cette expérience. Paul correspondait bien à ça. Et puis il y a eu un bon feeling. A la base, quand j’ai lancé mon projet, j’avais juste appelé Paul pour avoir des renseignements sur la classe. Dans la conversation, au moment où on a évoqué la transat AG2R LA MONDIALE, j’ai senti qu’il était vraiment partant et motivé.

LE GENE GAHINET

 

Gwénolé : Cette question revient souvent… mon père (Gilles, double vainqueur de la Solitaire), je ne l’ai pas connu mais il a tracé une belle route avant moi et je suis content de lui rendre hommage en traçant la mienne. Parmi les gens qui m’ont entouré et qui m’ont toujours aidé à monter mes projets, il y a ma mère, Daniel mon beau père qui a été très présent et mes amis. Tout mon entourage Trinitain. C’est un endroit où il y a plein de beaux projets de course au large et plein de beaux bateaux qui m’ont fait rêver quand j’étais jeune. C’est ce milieu qui m’a poussé vers la course.

LA SOLITAIRE EN LIGNE DE MIRE

Gwenolé : La Solitaire, c’est dans six semaines. Même si au départ, quand on regarde le timing, c’est un peu stressant, tout est organisé pour que ce soit facile d’un point de vue logistique et technique. Jules, le préparateur du bateau est venu à Saint-Barth’ pour pouvoir justement anticiper un maximum, voir les pièces qu’il faut changer. Le projet est ficelé depuis six mois. Je vais enchaîner avec le Havre All Mer Cup et La Solitaire…

Paul : Moi aussi j’ai un projet de faire la Solitaire, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment !

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