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Transat Jacques Vabre : la bataille de la dernière ligne droite

Transat Jacques Vabre : la bataille de la dernière ligne droite
novembre 26
11:36 2013

Les cinq monocoques Imoca encore en mer bataillent sur la dernière ligne droite vers Itajaí tandis que le leader des Class40 commence à peiner au large de Salvador de Bahia… Il y a de quoi s’inquiéter en tête de flotte car le duo Rogues-Delahaye a sérieusement ralenti alors que le tandem Riechers-Brasseur s’est fait déborder par le couple espagnol Pella-Santurde ! 

Ce qui s’annonçait comme une longue descente tout schuss vers le cap Frio après le passage de l’équateur se transforme en piste bosselée avec quelques slaloms à effectuer pour contourner de mauvais piquets de grains ! Le skieur Aurélien Docroz (Watt & Sea Région Poitou Charentes) le confirmait à la vacation : il ne suffit pas d’avoir la vitesse, il faut aussi la trajectoire… Or c’est bien sur ce tableau que le final de cette Transat Jacques Vabre semble se jouer : les alizés de l’hémisphère Sud sont définitivement très instables et la formation de masses nuageuses sur la route d’Itajaí risque fort de redistribuer les cartes en Class40.

Tanguy de Lamotte, skipper d’Initiatives-Cœur : « On a eu des conditions qui ont continué à être complètement “Pot au Noir” avec des grains. En plein milieu de nuit, on a eu un grain : en quelques minutes le vent à tourné de 90° et il est tombé des trombes d’eau. On a fait un tour complet sur nous-même, le gennaker a pris à contre. C’était une nouveauté pour François ! Mais maintenant, le bateau est propre : il a été rincé en grand… »

De grains en grains

Pourtant ce midi lorsque François Gabart interrogeait directement à la vacation le co-skipper de GDZ SUEZ, Fabien Delahaye, il y avait une grande sérénité dans la voix : « Nous sommes dans 20-25 nœuds de vent, sous code 5, et ça fuse vite. On a toujours plus de vent que les fichiers. On fait des pointes à 18 nœuds et on a une vitesse moyenne de 14 nœuds. Normalement on arrive samedi matin mais on prend de l’avance à chaque fichier. » Or quelques heures plus tard, on imagine que les deux compères ont dû déchanter : une dizaine de nœuds au compteur et une perte sèche de dix milles en trois heures ! La faute à un débordement de type orageux qui s’installe durablement sous le 15° Sud (la latitude de Salvador de Bahia) jusqu’au 27° Sud (la latitude de Itajaí)… Cette bande nuageuse se métastase au fil des heures prochaines pour finalement s’agréger mardi après-midi au large de Vitoria. Ce n’est pas bon ! Du moins pour le leader qui pourrait se retrouver dans les mêmes configurations que les derniers Imoca la nuit dernière : de gros grains, de grosses bascules, des alternances de brise de 10 à 30 nœuds… Tout pour casser du matériel et/ou fatiguer l’équipage.

Un nouveau dauphin

Ce ralentissement par devant fait les affaires des poursuivants, en particulier de Tales Santander 2014 (Pella-Santurde) qui est désormais à moins de cent milles et file près de trois nœuds plus vite que le leader tandis que Mare (Riechers-Brasseur) qui s’est fait dépasser par les Espagnols plus au large, a retrouvé son rythme. De fait, il semble qu’il faille rester plutôt au large à au moins 200 milles des côtes brésiliennes, pour éviter de percuter cette masse nuageuse piégeuse : les plus extrêmes à la sortie du Pot au Noir pourraient ainsi bénéficier de leur placement très à l’Est pour conserver ce décalage latéral le plus longtemps possible afin de ne pas entrer dans ce marasme tropical. Il y a en effet un peu de chambardement dans l’Atlantique Sud : l’anticyclone de Sainte Hélène qui était positionné très Sud-Ouest est en cours de décalage vers le Nord-Est : la conséquence en est que les alizés souffreteux qui étaient sur la zone de course vont reprendre de la vigueur en milieu de semaine en s’orientant plutôt au Nord-Est dès Vitoria. Le final dans la baie de Rio de Janeiro serait alors assez rapide avant qu’une nouvelle dépression orageuse ne vienne bouleverser le schéma final. Ainsi les trois leaders pourraient se glisser jusqu’à Itajaí, avant que la situation ne se dégrade en calmes devant la ligne d’arrivée pour les suivants…

Le point sur les ETA

Les ETA à Itajaí se précisent : Rennes Métropole/Saint-Malo Agglomération (Lamiré-Mura) devrait être le premier à couper la ligne d’arrivée, mardi soir vers 22h (heure française). Suivra un autre Multi-50, Vers un monde sans Sida (Nigon-Villeneuve) mercredi vers 18h. La soirée de mercredi sera décidément animée puisque trois monocoques IMOCA (Bureau Vallée, Votre Nom Autour du Monde et Energa) sont attendus dans un laps de temps de quatre heures, entre 22h et 2h du matin jeudi. Ces trois duos se battent pour la cinquième place. Léger avantage à Bureau Vallée (Burton-Le Brec) pour le moment qui possédait huit milles d’avance au pointage de 17h. Mais Votre Nom Autour du Monde (de Broc-Boissières) bénéficie d’une bonification de deux heures suite à son détournement le soir du chavirage d’Arkema-Région Aquitaine. A suivre… Les deux derniers IMOCA (Initiatives-Cœur et Team Plastique) en finiront normalement vendredi à la mi-journée. Le premier Class40 GDF SUEZ est programmé 24 heures plus tard mais sur la base de ses vitesses actuelles. Ses plus proches poursuivants, Tales Santander 2014 et Mare, prévoient une arrivée dans la soirée de samedi. Trois autres tandems pourraient bien toucher terre dimanche : Watt & Sea-Région Poitou Charentes, Groupe Picoty et SNCF Geodis.

Photo ©Bertrand Duquenne 

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