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Vendée Globe 2012 : Du jeu pour les leaders

Vendée Globe 2012 : Du jeu pour les leaders
janvier 04
18:08 2013

 

Négocier chaque vague, changer une voile toutes les heures, soigner ses mains abîmées, grimper 5 fois en tête de mât, serrer les dents à chaque embardée, patienter dans la pétole ou dans l’attente d’une décision du jury… Chaque jour est un défi et une occasion de remporter des petites victoires. Celles qui donnent la force et la confiance pour continuer.

 

Le Cléac’h et Gabart à distance

Unis comme deux frères depuis le passage au nord des Kerguelen, le 10 décembre dernier, François Gabart (MACIF) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) ont pris de la distance. Le skipper de Banque Populaire est désormais décalé de 115 milles dans l’ouest de son adversaire. Est-ce le présage d’une stratégie divergente entre les deux hommes ? Pour l’heure, ce placement est d’abord le fruit des actions de la veille : hier, Armel a été le premier à toucher le vent de sud-ouest lui permettant de faire route plus rapidement vers le nord. Aujourd’hui, dans le nord-est des Malouines, les deux hommes suivent à peu près le même cap, en pleine dépression. Une bien costaud : 40 nœuds de sud-ouest, une mer très mauvaise. Pour un peu, ils en regretteraient presque le Grand Sud.  Pendant toute cette journée de vendredi, ils navigueront au portant, à négocier chaque vague, avant que le vent ne refuse et ne leur revienne pile dans le nez. A l’horizon de ce week-end, ils seront confrontés à une vaste zone anticyclonique, tandis qu’une autre dépression se forme sur l’Uruguay. Bref, la route vers l’Equateur n’est pas une promenade de santé même si François, joint à la mi-journée, semblait avoir une idée relativement claire de la stratégie à suivre… un grand contour vers l’est ?

 

Le grand bonheur des petites victoires

350 milles derrière Gabart et Le Cléac’h, Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) bénéficiera plus longtemps de vents favorables qui lui permettront temporairement de combler son retard. Mais la plus grande satisfaction de Jipé, aujourd’hui, n’a rien à voir avec son grappillage de milles. Après 4 grimpettes infructueuses en tête de mât, il a enfin réussi à affaler son grand gennaker, coincé à 27 mètres de haut depuis le 22 décembre. Une petite victoire, au prix de gros efforts mais qui vaut aujourd’hui tous les bonheurs du monde. Tel est le quotidien des marins : remporter, chaque jour, une de ces petites victoires qui permettent de poursuivre la longue route.

Aujourd’hui en ce 55e jour de course, tous les solitaires ont leurs défis à relever. Pour Jean Le Cam, qui navigue dans un vent très instable passant de 15 à 35 nœuds, il faut une sacrée dose énergie pour sans cesse sortir sur le pont et avoir la force de changer les voiles. A la vacation de midi, le skipper de SynerCiel, attendu au cap Horn dimanche soir (en 5e position), semblait tout simplement éreinté. Même combat pour le groupe de 5 (Gamesa, Mirabaud, Acciona 100% EcoPowered, Cheminées Poujoulat et Akena Vérandas) en route vers la dernière porte Pacifique, dans un vent de sud-ouest de 30 nœuds et une mer croisée. Arnaud Boissières est en train de souffrir le martyr : à force de manœuvrer dans le froid et l’humidité ses mains sont remplies d’ampoules purulentes… Conditions très difficiles également pour Initiatives-cœur qui se fait copieusement secouer sur un bord très serré en direction de la porte Ouest Pacifique. « Le deuxième cycle de la machine à laver est en route » écrivait Tanguy. Bertrand de Broc (VNAM avec EDM Projets), lui, aura besoin de patience pour traverser l’anticyclone qui lui barre le passage sur cette même porte. Aujourd’hui, il n’a pas dépassé les 9 nœuds de moyenne.

 

« Je continuerais à me battre de toutes mes forces »

Bernard Stamm, sur le point de doubler Javier Sanso, est toujours dans l’expectative. Hier matin, le Jury a reçu sa demande de réouverture de dossier. Stamm souhaite y adjoindre le témoignage du capitaine du bateau scientifique russe sur lequel il s’était amarré. Le Jury a décidé d’attendre ce document avant d’examiner le cas et de prendre sa décision. Aujourd’hui, le marin suisse écrivait dans un message très émouvant : « J’ignore quelle réponse sera apportée à ma demande de réouverture, mais quelle qu’elle soit, je continuerai à me battre de toutes mes forces pour ces valeurs qui sont les miennes. Je vous souhaite à tous de poursuivre cette belle bagarre que nous livrons depuis le départ des Sables d’Olonne. Ce Vendée Globe fait partie de ma vie depuis près de 15 ans. Jamais encore je n’ai eu le privilège de le terminer. Ce ne sera peut-être pas pour cette fois, mais je ferai tout pour ramener mon bateau à bon port, touché mais fier d’être allé au bout de mon aventure. Personne ne me l’enlèvera ».

 

Les chiffres


François Gabart (MACIF) a doublé le cap Horn le 1er janvier 2013 à 18h20 TU (19h20 heure française) après 52j 06h 18mn de course.
Son temps de course entre le cap Leeuwin et le cap Horn : 17j 18h 35min. Le temps de référence pour cette portion du parcours reste détenu par Mike Golding en 2004/2005 en 16j 06h 26mn.

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) a doublé le cap Horn le 1er janvier 2013 à 19h35 TU (20h35 heure française) après 52j 07h 33mn de course.

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3). Passage cap Horn : le 3 janvier à 04h42 TU après 53j 16h 40 mn

Alex Thomson (Hugo Boss). Passage cap Horn : le 4 janvier à 02h38 TU après 54 j 14 36 mn de course.

 

Le classement du Vendée Globe

1 – François Gabart
[ Macif ]
à 6 250 milles de l’arrivée

2 – Armel Le Cléac’h
[ Banque Populaire ]
à 21.5 milles du leader

3 – Jean-Pierre Dick
[ Virbac Paprec 3 ]

à 350.5 milles du leader

4 – Alex Thomson
[ Hugo Boss ]

à 629.6 milles du leader

5 – Jean Le Cam
[ SynerCiel ]

à 1 927.6 milles du leader

 

Paroles de marins

 

Jean Le Cam

On se rapproche du cap Horn mais on est dans une dépression, encore une… La nuit dernière a été un peu soutenue. Il y a eu des vents à plus de 37 nœuds dans des claques. Devant le grain, tu avais 37 nœuds et derrière 14. Les grains étaient noirs. C’était incroyable. Le problème, c’est le vent qui est variable. Si tu toiles le bateau pour la valeur supérieure de vent ou alors si tu fais l’inverse, il faut être prêt à réduire la toile au moment où ça change. J’ai hâte d’être au cap Horn. Il y a une certaine lassitude, on en a un peu marre. On est dans des conditions où à chaque fois c’est la même chose. Tu ne sais pas comment te mettre, comment te toiler et du coup tu n’es jamais content. Ce ne sont pas des situations enviables. 

 

François Gabbart

Pour moi, c’est à la fois clair et en permanence remis en cause. J’ai mon chemin stratégique en tête mais à chaque fichier météo, j’ai de nouvelles informations. Dans la philosophie générale, j’ai ma trajectoire qui est bien calée. Là, je me repose un peu car c’est important. On a eu des conditions assez clémentes depuis le passage du cap Horn. C’est assez facile de se reposer. (Sur sa position par rapport à Armel) Ça fait longtemps qu’on n’a pas été aussi éloigné. Je suppose qu’il y a des stratégies différentes. Armel est un peu plus proche de la route directe. Il veut se laisser le plus de cartes possibles entre les mains.

 

Le Vendée Globe en direct

 

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