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Vendée Globe (J+5) Canaries : vers des cieux un peu plus cléments

Vendée Globe (J+5) Canaries : vers des cieux un peu plus cléments
novembre 15
17:56 2012

 

En ce 5e jour de course, la flotte s’étire sur plus de 660 milles et navigue toujours sur l’influence de la dépression orageuse qui se déplace très lentement vers la péninsule ibérique. Mais en plongeant vers le sud en direction du Cap Vert, les concurrents vont connaître des heures plus douces. Bientôt, la chevauchée sauvage de ces dernières 24 heures ne sera plus qu’un lointain souvenir. A la latitude des Canaries, les températures se réchauffent déjà et les vents vont faiblir.

 

La nuit dernière a été éprouvante pour les 18 solitaires. Dans le groupe de tête, de François Gabart (1er) à Jérémie Beyou (7e à 129,3 milles), les marins ont relaté des rafales sous grains à 40 nœuds et surtout des vents très instables, obligeant à d’incessantes manœuvres de changement de voiles. Pas le temps de souffler ni de dormir sur des bateaux lancés au largue à plus de 20 nœuds et transformés en shakers. Quant aux concurrents situés plus à l’est, de Jean Le Cam à Javier Sanso, ils ont connu d’autres difficultés : essayer d’accélérer dans des airs moins favorables pour tenter de combler leur retard.

Mais les conditions de navigation vont progressivement s’améliorer à mesure que les solitaires glissent vers le sud. Déjà, au large des Canaries, les leaders se réjouissaient de voir monter la température de l’eau. Bientôt, ils enlèveront les couches de vêtements polaires et pourront faire sécher les cirés sur le pont. Ils seront aussi les premiers à ralentir dans un vent de nord-ouest puis de nord faiblissant.

A chacun son rythme

Ces 5 premiers jours de course ont été rapides, dynamiques, aussi sollicitants pour les marins que pour leurs bateaux. A bord des 60 pieds, la liste des bricoles s’allonge. Le Polonais « Gutek » (ENERGA) doit faire face à des problèmes d’électronique. Javier Sanso (ACCIONA 100% EcoPowered) cherche actuellement un abri près des côtes pour pouvoir grimper dans son mât et réparer une pièce défectueuse (chariot de rail de grand-voile).
Pour aller loin, il faut ménager sa monture et c’est ce qu’a fait une grande partie des skippers ces dernières 24 heures : modérer la toile, éviter de se laisser embarquer dans les duels au couteau qui animent cette descente vers l’équateur. Ceux que vivent par exemple Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) ou encore Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Alex Thomson (Hugo Boss). Chacun doit trouver sa mesure et son rythme, quitte à être conservateur, pour faire, comme le disait Jean-Pierre Dick, « corps avec son bateau ». Dans ce contexte, le tempo imposé par François Gabart est d’autant plus impressionnant. Depuis le départ, le jeune skipper de Macif a non seulement été le plus rapide, mais aussi le plus précis dans ses choix stratégiques. Sans se mettre en surrégime. « Que je sois en tête ou 10e ou 20e, ça ne change pas grand chose à ma façon de mener le bateau, de pousser la machine. Il faut avoir le rythme qu’on est capable de tenir pendant trois mois ». Avis à ses adversaires !

 

Compression

Cet après midi, François Gabart ne boude pas son plaisir d’être en tête du Vendée Globe. Mais son avance sur le tandem Le Cléac’h/Stamm est en train de fondre sous le soleil des Canaries. Le vent de nord-ouest est en train d’adonner et de faiblir. Au pointage de 16 heures, Macif n’avançait plus qu’à 4,6 nœuds, soit deux à trois fois moins vite que ses poursuivants. Il y a de la compression dans l’air. Dans les prochaines heures, les écarts devraient franchement diminuer.

 

Louis Burton engagé dans une course contre la montre

Le skipper de Bureau Vallée, dont le hauban bâbord a été endommagé hier suite à sa collision avec un bateau de pêche, est toujours en course. Une course contre la montre pour regagner au plus vite les Sables d’Olonne, réparer, puis repartir (date limite : mardi 20 novembre, 13h02). Actuellement, Louis est sur le point de doubler le cap Finisterre. Il devra ensuite traverser tout le golfe de Gascogne, sachant qu’il ne peut naviguer qu’en tribord amure. Rappelons que le règlement l’autorise à se faire remorquer à 100 milles de l’arrivée…

 

Paroles de skippers

 

François Gabart :

“On est dans un vent plus qu’instable et irrégulier donc je ne vais pas fanfaronner et dire que c’est simple. Au niveau de la mer, ça commence à se ranger, on a vu bien pire mais c’est surtout le vent qui tourne dans tous les sens. Il y a 20 minutes j’ai eu droit à un 360. Depuis le départ de la course, et je continue à le dire, que je sois en tête ou 10e, ça ne change pas grand chose à la façon dont je gère le bateau. J’essaye de rester le plus neutre par rapport à la situation et par rapport au classement parce que je pense que ça n’a pas beaucoup d’importance. C’est super d’être en tête du Vendée Globe et je ne vais pas bouder mon plaisir. Mais dans ma façon de pousser ma machine, de gérer le rythme, je fonctionnerais pareil que je sois premier, 10e ou 20e.”

 

Tanguy De Lamotte :

“J’ai eu une nuit assez mouvementée avec des grains jusqu’à 35 nœuds et pas mal de changements de voile. Ça a été intense mais là j’en profite pour me reposer un peu dans l’après-midi. Avec le bateau qui bouge beaucoup, il faut être prudent et rester accroché. J’essaye de ne pas me mettre dans le rouge et de rester dans mon rythme parce que ces bateaux sont quand même bien fatigants. J’essaye de me préserver mais la dernière nuit a été difficile, je n’avais pas assez anticipé. La nourriture et le sommeil sont très importants. Là il commence à faire beau donc ça va me permettre de me reposer un petit peu et de manger.”

 

Vincent Riou :

“C’est encore une alternance de nuages et de temps en temps, il y a quelques petites éclaircies. On ne va pas se plaindre parce que comparé à hier, c’est nettement plus calme, mais il y a de l’action. Depuis qu’on a passé le front il y a 36 heures, on a des grains avec un vent très variable, du coup ça met un peu de speed. Ça devrait se calmer et on devrait bientôt pouvoir reprendre vie sur nos bateaux. On s’est fait secouer dans un shaker pendant 24 heures, ce n’était pas super agréable. On a eu 40 nœuds au plus fort. C’était une journée sportive. La mer a été difficile, bizarre, elle était de travers et on se faisait balader. Il faudra compter les points dans deux jours. L’option que j’ai choisie ne sera certainement pas payante mais ce ne sera pas dramatique non plus.”

 

Jérémie Beyou :

“C’est quand même assez dur parce qu’on a eu des vents très forts. Il ne faut pas tout péter donc on va essayer de ménager la chèvre et le chou. J’ai surtout essayé de ménager ma trinquette et du coup je suis sous ORC. Il y a une belle bagarre avec Alex (Thomson) mais ce sont des conditions qu’il aime bien. L’idée est de sortir rapidement de cette dépression mais de garder une cadence proche de celle d’Alex. J’ai vu Hugo Boss une fois cette nuit et puis hier ou avant-hier, je ne sais plus. Et on s’est parlé aussi quand on était dans la pétole, il était furieux que je lui sois remonté dessus comme ça. Ce sont les années de régate en Figaro en Méditerranée ça. Tout est à peu près propre sur Maître CoQ. J’ai deux, trois bricoles à faire sur le pont, je m’en occuperai quand je serai plus peinard, à partir de ce soir j’espère.”

 

Armel Le Cléarc’h :

“Il fait beau. Le ciel se dégage au fur et à mesure qu’on descend dans le sud, les grains se font plus rares même s’il y a encore eu de bons ce matin. Et puis j’ai un petit camarade de jeu, Bernard Stamm. On navigue ensemble depuis ce matin. Il s’est rapproché de Banque Populaire et je vois sa cheminée qui fume ! Je n’ai pas encore vu de poissons volants. Je n’ai pas de citron vert pour aller avec mais j’ai de la très bonne huile d’olive. La température de l’eau augmente doucement, là j’ai 24 degrés, donc largement de quoi me baigner. J’ai bien dormi ce matin parce qu’hier c’était quand même assez chaotique. J’ai été un peu conservateur, j’ai attendu avant d’envoyer de la toile. Mais le principal est que le matériel va bien à bord de Banque Populaire. La route est encore longue devant nous.”

 

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Complément de lecture : « Louis Burton, il tente le retour aux Sables d’Olonnes / Vendée Globe »

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