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Vendée Globe en direct : Armel Le Cléarc’h prend la tête de la course

Vendée Globe en direct : Armel Le Cléarc’h prend la tête de la course
décembre 18
11:24 2012

 

Depuis le 11 décembre dernier, en fin d’après-midi, François Gabart n’avait plus quitté la tête de la course. Ce matin au premier pointage, le skipper de Macif, suite à une route légèrement plus nord que celle d’Armel Le Cleac’h perd en distance au but et doit logiquement céder sa place à Banque Populaire. 1490 milles plus loin, Jean Le Cam sur SynerCiel fait le break avec ses poursuivants directs et l’addition devrait être encore un peu plus salé en fin de journée. Encore plus en retrait, Tanguy De Lamotte devrait ranger sa guitare virtuelle pour affronter le gros coup de tabac qui lui tombe dessus. Au programme, un vent de 35 à 50 nœuds dans les rafales et surtout une mer d’environ 9 mètres de haut. 

 

Hier matin, les deux skippers en tête de ce Vendée Globe 2012 préparaient peut-être sans le savoir, le fait marquant de cette nouvelle matinée. En effet, Après 24 heures d’une route sous la porte est Australie, François Gabart sur Macif et Armel Le Cleac’h sur Banque Populaire se sont légèrement séparés, l’un préférant piquer plus nord que son compagnon de route. Résultat de ce petit décalage, un changement en tête de la course. Banque Populaire est donc le nouveau leader avec 18,4 milles d’avance. En revanche, si Macif s’est acquitté du passage de la porte à 22h TU, hier, Banque Populaire, à l’heure où nous écrivons ces lignes, doit tout juste passer la latitude de cette cinquième porte obligatoire. Les conditions actuelles sur zone, du nord ouest de 20 nœuds, devraient se transformer en un vent de nord de 20 nœuds se renforçant dans les 24 prochaines heures. Le petit décalage au nord de Macif pourrait lui permettre de toucher cette bascule en premier et filer plus rapidement vers la sixième porte, celle de Nouvelle-Zélande, distante de 1324 milles. Les deux solitaires sont actuellement à 55 milles de la longitude de la ville de Hobart en Tasmanie et à 1200 milles de l’antiméridien (180°).

 

Vers une cassure

Actuellement sous la porte Amsterdam, après l’avoir validé, Synerciel navigue dans des conditions musclées, 40 nœuds de sud ouest. Jean Le Cam va certainement prendre la poudre d’escampette grâce au front dans lequel il évolue et qui part avec lui. Car juste derrière le français, une petite zone de hautes pressions va barrer la route à Mike Golding sur Gamesa (qui vient de valider la porte), creusant encore un peu plus l’écart entre les deux hommes. Un écart qui se porte ce matin à 174 milles. Cette petite zone de transition pourrait être l’occasion pour Dominique Wavre et Javier Sanso de se refaire aussi sur le britannique. Les skippers de Mirabaud et d’Acciona 100% EcoPowered sont respectivement à 190 et 350 milles dans l’ouest de la porte ouest Australie.

 

Conditions extrêmes

Si la vidéo de Tanguy De Lamotte jouant de la guitare avec sa ligne de survie fait le tour du web, le point intéressant de cette séquence est de constater l’état de la mer, la force du vent et les couleurs de l’Indien. Mais aujourd’hui Tanguy va monter d’un cran avec des conditions encore plus difficiles, un vent oscillant entre 35 et 50 nœuds et surtout une très grosse mer de 9 mètres de haut. On pensait l’Indien relativement clément il y une semaine, mais il n’en n’est rien et Tanguy sera au centre des débats pour nous retranscrire la beauté et surtout la violence des éléments.

 

Pendant ce temps…

Jean Pierre Dick, toujours troisième du Vendée Globe, navigue sous la longitude de la porte est Australie, distante de 160 milles. Il est exactement à l’endroit où les deux leaders avaient hier envoyé leur empannage. Le skipper de Virbac Paprec 3 aura une petite transition météo à négocier avant de toucher la porte dans la soirée. 600 milles plus au nord, le couple helvético anglais, Stamm-Thomson, navigue dans un flux d’ouest de 25 noeuds qui va se renforcer à une trentaine de noeuds et qui devrait les accompagner dans leur descente sous la Tasmanie. 1871 milles derrière, Akéna Vérandas va devoir composer avec un vent d’ouest de 35 à 40 nœuds qui se tient un bon moment. De son côté, Bertrand de Broc sur Votre Nom Autour du Monde avec EDM Projets rend, lui aussi, une petite visite aux iles Amsterdam et Saint-Paul. Il est actuellement à 80 milles de Saint-Paul, dans un vent de 30 à 35 nœuds. À l’arrière de la flotte, Alessandro di Benedetto sur Team Plastique navigue dans un vent de sud de 15 neouds qui va malheureusement se casser la figure dans la journée. Alessandro est pointé ce matin à 3888.7 milles de l’actuel leader Armel Le Cleac’h sur Banque Populaire.

 

Classement du Vendée Globe

 

1 – Armel Le Cléac’h
[ Banque Populaire ]
à 12476 milles de l’arrivée

2 – François Gabart
[ MACIF ]
à 18,4 milles du leader

3 – Jean Pierre Dick
[ Virbac-Paprec 3 ]

à 413,1 milles du leader

4 – Alex Thomson
[ Hugo Boss ]

à 863,7 milles du leader

5 – Bernard Stamm
[ Cheminées Poujoulat ]

à 931,5 milles du leader

 

Le Vendée Globe, et hier ?

 

Hier Lundi, statu quo sur la hiérarchie. En tête, le corps à corps est toujours aussi intense entre François Gabart et Armel Le Cléac’h qui remontent ensemble vers la porte Australie Est. Dans 24 heures, ils passeront la longitude du Sud de la Tasmanie et feront leur entrée dans le Pacifique. Derrière ce combat des chefs, d’autres couples bataillent ardemment. Pour certains, c’est aussi une lutte contre les éléments dans une mer de plus en plus casse-bateau.

 

Après avoir empanné hier soir pour remonter vers la porte Australie Est, François Gabart et Armel Le Cléac’h apprécient ce lundi des conditions de navigation plus calmes. De quoi dormir mieux et plus longtemps, boire chaud sans risquer de s’ébouillanter à chaque arrêt buffet dans une vague et aussi inspecter le bateau avant de faire, mardi soir, leurs premières glissades dans le Pacifique, le troisième océan de ce Vendée Globe.

 

Banque Populaire se rapproche

Pour expliquer le retour de Banque Populaire dans son tableau arrière, le skipper de MACIF raconte avoir traversé ces derniers temps des zones de vents faibles et instables. Pour une fois, François n’était pas le plus rapide et au pointage de 16 heures, son avance n’était plus que de 15,8 milles, contre 46 milles hier à la même heure ! Ce long pas de deux dans l’océan Indien a en tout cas créé une complicité entre les duellistes. Ils ont même échangé quelques emails pour se dire « tout va bien » et se souhaiter bonne chance… Derrière Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), un peu esseulé en 3e position, un couple anglo-suisse ne se quitte plus : Alex Thomson (Hugo Boss) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat). Sous les côtes australiennes, 500 milles au nord des leaders, ils profitent eux aussi d’une accalmie passagère pour souffler et bricoler. Bernard est en train de réparer sa colonne de winch, défaillante depuis plusieurs jours. Une délicate partie de puzzle pour le remontage de toutes les pièces, dont certaines, rouillées, ont laissé de vilaines traces dans le cockpit. Le duo franco-britannique est formé par Jean Le Cam (SynerCiel) et Mike Golding (Gamesa) qui plongent l’un derrière l’autre en direction de la porte Australie Ouest. Dans cette zone de navigation affectée par une belle dépression, le vent est fort (35-40 nœuds) et la mer creuse. « Là, j’ai une belle déferlante dans le tableau arrière » racontait Jean Le Cam en direct du Live.

 

« J’ai l’impression que le bateau va se briser en deux »

De fait, avec la série de systèmes perturbés qui balaye l’océan Indien depuis une semaine, l’état du terrain de jeu est en train de franchement se détériorer. Dans son briefing du matin, Richard Silvani (Météo France) prévoyait des mers grosses avec des vagues croisées de 8 mètres. « Il y a des vagues de tous les côtés, confirmait Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) dans un message, elles viennent s’écraser contre l’étrave et m’envoient valser. Le bateau tape tellement que j’ai parfois l’impression qu’il va se briser en deux. Et moi, j’en perds presque mes dents ».  Acciona 100% EcoPowered  est lancé aux trousses de Mirabaud. Le marin espagnol s’est décalé dans le sud de son rival suisse, mais ses conditions de navigation ne lui permettent pas de faire de la vitesse. C’est un peu la même problématique pour le reste de la flotte. Arnaud Boissières (AKENA Vérandas), Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets), Tanguy de Lamotte (Initiatives- cœur) sont tous poussés par de solides flux de secteur ouest. Sur mer plate, ces 25 à 35 nœuds de vent portant permettraient d’atteindre de jolies moyennes. Mais les vagues constituent à la fois un danger et un frein lorsqu’elles prennent le bateau sur le côté où l’arrêtent net à l’issue d’un surf endiablé (…)

 

Paroles de skippers

 

François Gabart

“Ça va, on a des conditions plus faciles que lors des derniers jours. On va un peu moins vite mais ça fait du bien. Le bateau bouge beaucoup moins. Quand ça secoue, on arrive à se reposer, on prend sur soi, même si ce n’est pas simple. Les cinq derniers jours ne sont pas les jours où j’ai le plus dormi sur le Vendée Globe. J’ai réussi à toucher un peu de vent et là c’est reparti. C’était assez instable aujourd’hui. Je ne m’attendais pas trop à ça, à cet endroit-là. Ce n’est pas plus mal que ce soit instable entre 10 et 30 nœuds plutôt qu’entre 20 et 50. (…) Ça fait quelques jours que dans les grains on a de la grêle principalement et des flocons en fin de grain. On sent vraiment la différence au niveau température entre avant les grains et après, où il fait vraiment plus froid, avec 3-4°C. A propos de ses configurations de voiles : avec les voiles d’avant, j’essaye de changer le moins possible. Je n’ai pas renvoyé le spi quand il y avait 12 nœuds parce qu’une demi-heure plus tard il y avait 25 nœuds. J’essaye de trouver un gennaker qui va bien partout.”

 

Bernard Stamm

“C’est calme au portant. Il y a 10-11 nœuds de vent. C’est tranquille. Ça laisse l’occasion de bricoler. Pour l’instant, j’ai récupéré la colonne de winch. Je ne t’explique pas le chantier. Les chaînes ont à moitié rouillé. Il y en a partout dans le cockpit là ! Il faut vite qu’il y ait du vent de nouveau et que la flotte vienne rincer tout ça. C’est Saigon là ! Je viens de terminer (la réparation de la colonne). Avant, j’ai manœuvré avec les winchs. Du coup je suis devenu Arnold (ndlr : Schwarzenegger). La grande brune (ndlr : Claudia, cyclone tropical qui est devenue une dépression polaire) a été très en dessous des espérances. Il y a eu du vent mais sans plus et il n’y a pas eu d’orages. Elle arrive à bout de souffle la mémère… Là il ne fait pas froid du tout, il doit faire 15°C. Il y a des situations où tu ne sais pas de quoi va être faite l’heure qui suit. Là, j’avais tout en vrac sur le pont et derrière moi, un orage. J’ai continué à réparer la colonne et finalement l’orage ne m’est pas venu dessus. J’ai mis un peu la course entre parenthèses pour profiter de la molle et faire le maximum de choses.”

 

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