Nautisme info

Vendée Globe : Retour sur le week-end, les leaders filant sur le Cap Horn

Vendée Globe : Retour sur le week-end, les leaders filant sur le Cap Horn
décembre 31
10:56 2012

 

Par 56 degrés sud, deux bateaux bleus galopent sur un bord en direction du cap Horn qu’ils devraient doubler le 1er janvier au soir. Prochaine difficulté : la présence de glaces sur leur route, au sud et à l’est de la Terre de Feu. Derrière les leaders, autant de couleurs que d’humeurs dans un Grand Sud toujours fascinant et éreintant. Faisons le point sur le week end du Vendée Globe.

 

Nuits grises
« Les navigateurs disent souvent qu’on est ici dans le ‘Pays de l’Ombre’, mais dans chaque gris, il y a toujours des lumières qui ressortent. Et pendant ces nuits courtes, il ne fait jamais vraiment nuit » nous disait Arnaud Boissières aujourd’hui. C’est Titouan Lamazou, le premier vainqueur du Vendée Globe, qui avait surnommé ainsi le Grand Sud pour décrire l’absence de luminosité régnant dans les latitudes australes. Depuis un mois, dans ces contrées inamicales bordant l’antarctique, les solitaires ont droit à toutes les nuances de gris. Mais pas seulement. En ce 50e jour de course, par exemple, une palette de couleurs s’étalait comme un lavis sur les 5000 milles sillonnés par la flotte. Du gris blanc, presque opaque, pour les skippers d’AKENA Vérandas et de Cheminées Poujoulat progressant dans une vraie purée de pois. Du bleu éclatant sur la carte postale aux airs de croisière dans les alizés envoyée par Dominique Wavre (Mirabaud). Du soleil et des crêtes blanches sur les vidéos étonnantes du croisement entre Banque Populaire et MACIF à 800 milles du cap Horn. Le rouge et le noir, enfin, d’un coucher de soleil flamboyant immortalisé dans le sillage d’Initiatives-cœur. Des couleurs contrastées comme autant d’humeurs chez des marins qui ne disent pas toujours tout de leurs déboires dans les mers du sud…

 

Le blues de Bernard
A bord de Cheminées Poujoulat qui fend un épais brouillard à 19 nœuds de moyenne, Bernard Stamm n’y voit qu’à 200 mètres à la ronde. Mais question énergie, avec ses deux hydrogénérateurs à nouveau en état de marche, sa visibilité est passé bien au delà des deux heures que lui laissaient ses batteries lorsqu’il était en escale technique. C’est ce qu’expliquait le marin suisse, plein d’émotion, à la vacation du jour. « Je n’avais plus qu’un demi-litre d’eau douce … après, tu peux toujours appeler au secours et jeter l’éponge ». Ce n’est pas ce qu’il a fait. Après 50 jours de mer, Bernard, en 10e position, n’aspire qu’à une chose : régater et arrêter le chantier.

 

Une montagne blanche à Diégo Ramirez
Régater, à fond, c’est ce à quoi s’adonnent Armel Le Cléac’h et François Gabart qui se sont encore passé la main à plusieurs reprises aujourd’hui. Hier, les deux hommes se sont vus, filmés et appelés à la VHF pour discuter quelques minutes, étonnés eux-mêmes d’être toujours aussi proches après tant de jours de navigation. Dans les prochaines 48 heures, leur bras de fer va se transformer en serrage de coudes. Une poignée de gros icebergs a été repérée dans le sud et l’est du cap Horn. L’un d’eux (150 m de haut sur 200 mètres de large) s’est même échoué sur les hauts fonds des îles Diego Ramirez, petit archipel situé 50 milles dans le sud-ouest du cap Horn, et libère au compte goutte un lot de growlers. Armel et François n’auront d’autre choix que de rester en veille, radar et visuelle, pour éviter de percuter un de ces rocs de glace. Il y a fort à parier qu’ils s’avertiront en cas de danger…

 

La bonne pression du Dimanche matin

 

 

Les treize concurrents du Vendée Globe affichent ce matin de bonnes vitesses moyennes leur permettant d’allonger la foulée… Tandis qu’en tête de flotte, les frères d’armes, François Gabart (Macif) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) continuent de régater serré, Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) a encore réduit son écart durant cette nuit de Samedi à Dimanche. Sur son Cheminées Poujoulat, Bernard Stamm a remis du bois : il semble paré à ne faire qu’une bouchée d’Arnaud Boissières (Akena Vérandas).

 

Vingt jours. Deux océans quasiment. Depuis le 10 décembre dernier, François Gabart (Macif) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) régatent à couteaux tirés sur la même trajectoire. Et ce n’est pas fini ! Moins de 8 milles les séparaient cette nuit dans un bon flux d’ouest de 15-16 nœuds. La route jusqu’au cap Horn n’est plus si longue (1000 milles) d’autant que le vent devrait rester de la partie. Devant leurs étraves, la dorsale anticyclonique se fait la malle vers le nord-est, les IMOCA sont désormais poussés par une dépression donnant un vent de nord-ouest bien établi (jusqu’à 20 nœuds). Des conditions idéales pour faire glisser les machines… Théoriquement, le cap Horn sera doublé le 1er janvier pour les leaders. Cependant, le cap « dur » réservera aux marins une navigation difficile, car la glace menace sérieusement.

 

L’art de prendre la porte

Situé au nord de la porte « Pacifique Est », Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) est un homme heureux. Il a parcouru la plus grande distance ces dernières 24 heures avec 431 milles au compteur. Pointé à 19 nœuds tôt ce matin, le marin niçois fait route au sud-est pour se rapprocher de la latitude du Cap Horn. A force de cravacher, Jean-Pierre a encore réduit de 20 milles l’écart qui le sépare des premiers. L’Anglais Alex Thomson (Hugo Boss), en quatrième position et à 600 milles de Virbac Paprec 3 navigue dans un bon flux d’ouest, cap sur la porte « Pacifique Est ». A 1000 milles dans son tableau arrière, Jean Le Cam s’apprête à prendre la porte. Celle dite « Pacifique Ouest ». Elle n’est plus qu’à 160 milles de son étrave. Deux autres compères se livrent un duel : Mike Golding (Gamesa) et Dominique Wavre (Mirabaud) ne sont qu’à 30 milles l’un de l’autre. Ils naviguent tous les deux bâbord amures dans un vent régulier. Réglages fins pour obtenir la vitesse maximale du bateau, voilà leur programme du jour !  Dans leur sillage, l’Espagnol Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) ne lâche rien. Après avoir perdu un peu de distance suite à son souci de chariot de grand-voile, le voilà reparti pour attaquer et réduire jour après jour l’écart avec ses petits camarades devant son étrave.

 

Et Bernard Stamm revient

Son plan Kouyoumdjian de dernière génération démontre un joli potentiel. Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) regagne du terrain malgré son arrêt forcé. Il grappille d’heure en heure des milles sur Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et file ce matin à plus de 18 nœuds après avoir parcouru 411 milles ces dernières 24 heures. Bernard n’est plus qu’à 80 milles de Cali. La course reprend ses droits ! A l’arrière de la flotte, Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) et Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) naviguent encore sous la Nouvelle-Zélande. Il leur reste 600 milles à parcourir avant d’aborder le point le plus ouest de la porte « Nouvelle Zélande ». 200 milles les séparent, de quoi vouloir jouer une place. Quant à Alessandro Di Benedetto, il devrait passer la porte d’Australie dans la journée. Une autre course pour le marin franco-italien. Une belle aventure dans la course autour du monde sans escale et sans assistance… à 4 900 milles du leader.

 

Samedi, icebergs droit devant

 

 

François Gabart et Armel le Cléac’h se sont affranchis ce matin de la dernière porte de sécurité glace, la Est Pacifique. Devant leurs étraves, le tapis rouge est déroulé pour doubler d’ici trois jours le cap Horn. Mais au bout du tapis, il y a une sacrée marche à franchir. Ou plutôt un slalom spécial à faire froid dans le dos, au milieu d’une quinzaine d’icebergs qui dérivent dans le sud-est du cap Dur. Dans les remous des deux leaders, il y a du vent et de la mer pour presque tout le monde. Un peu trop, même, au goût de Jean Le Cam ou d’Alex Thomson qui rêvent d’en finir avec le Grand Sud… Ils ne sont pas les seuls.

 

Depuis le 1er décembre, François et Armel naviguent à portée de jumelles. A 19 reprises, ils se sont échangé les rênes de la course et ils risquent fort de doubler le troisième et dernier cap de cette grande boucle planétaire à quelques dizaines de minutes d’intervalle, le 1er janvier 2013. Cet interminable corps à corps relève du « jamais vu » en course océanique et on ne soupçonne pas à quel point il est éreintant pour ces deux compétiteurs qui ne lâchent rien. Dans ce duel, ils ne se sont octroyé aucun répit, aucun faux pas et aucun état d’âme. Ahurissant !

 

Cap Horn on the rocks
A 1280 milles du cap Horn et à seulement 1 mille d’un de l’autre, les skippers de MACIF et de Banque Populaire plongent vers les latitudes froides et hostiles à 18 nœuds de moyenne. Il leur faudra descendre au moins jusqu’à 56 degrés sud pour doubler la Terre de Feu et mettre le clignotant à gauche. Mais avant de faire leur retour en Atlantique sud, ils devront traverser une zone de 50 milles truffée de glaçons. Des icebergs de 100 à 400 mètres pour les plus gros et les plus visibles au radar. Le problème étant moins ces mastodontes blancs que leur progéniture, les growlers ou bourguignons, seulement repérables à l’œil nu. Ce slalom dans un champ de mines sera le prix à payer pour le ticket de sortie du Grand Sud. Une sortie qu’ils sont nombreux à appeler de  leurs vœux.

 

En finir avec le Sud
En troisième position, Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) a cessé son ascension vers le sommet de la course. Maintenant que les leaders ont accéléré, son écart est en train de se stabiliser. Le bateau bleu devrait doubler l’extrémité méridionale de l’Amérique du Sud avec une petite journée de retard sur ses prédécesseurs. Le plus tôt sera le mieux ! Car de son propre aveu, « Jipé » a hâte de quitter les mers du sud, d’en finir avec le froid et l’humidité, avec les pieds qui macèrent dans les bottes. Un sentiment partagé par Alex Thomson (Hugo Boss) qui subit depuis 12 heures des rafales à 40 nœuds : « je suis très, très fatigué. Je n’arrive pas à dormir, le vent est trop instable, je dois régler tout le temps » écrivait-il ce matin. Même lassitude de la part de Jean Le Cam (SynerCiel), qui évitait de justesse un « départ au tas » en pleine vacation de la mi-journée. « Là c’est chaud, c’est très chaud, le vent est tellement instable. Qu’est-ce que c’est bien quand ça mollit et qu’on voit enfin un rayon de soleil ! ». En ce 49e jour de course, seuls Mike Golding (Gamesa) et Dominique Wavre (Mirabaud) progressaient  toutes voiles dehors, dans des conditions relativement confortables, à la lisière sud d’un anticyclone. Mais cette parenthèse ne durera qu’un temps. A l’arrière, il y a du vent fort pour tous et parfois une belle mer croisée, surtout pour Alessandro di Benedetto, seul concurrent à naviguer encore dans l’océan Indien. Le skipper de Team Plastique est loin d’en avoir fini avec le Grand Sud. Encore trois semaines de gris et de déferlantes avant d’amorcer le virage vers la maison…

 

Paroles de skippers

 

Jean Le-Cam

“C’est un peu chaud pour l’instant, j’ai 29, 30 nœuds de vent. Normalement ça devrait s’améliorer dans les heures qui viennent. Je suis un peu tendu. (Il quitte brusquement son poste) J’ai presque fait un départ au tas. C’est chaud, chaud, chaud… Si je vous dis que c’est chaud, c’est que c’est chaud ! Si on avait des vents stables, ce serait plus facile mais là ce n’est jamais le cas. On essaye de gérer au mieux mais il y a un moment où le calme, quand il y a un peu de soleil… Qu’est ce que ça ferait du bien ! Dès que ça mollit, qu’est-ce que c’est bien ! Si le Pacifique est un mauvais souvenir ? (Il avait chaviré à 200 milles du cap Horn lors de la dernière édition, ndlr). Tout le monde a de mauvais souvenirs donc on essaye de ne pas vivre que sur des mauvais souvenirs. J’essaye de faire au mieux. Là, honnêtement, la vacation d’aujourd’hui, c’est un peu tendu.”

 

François Gabbart

“C’était rassurant d’être si près d’Armel car jusqu’à présent on était dans des zones éloignées des terres. Être à côté de lui, ça rajoute une information supplémentaire pour savoir si on va vite, quand on fait un bon ou un mauvais coup… Et quelque part ça rajoute une certaine pression. Des moments de fatigue et de mou, on en a un paquet. Ça fait 50 jours qu’on navigue à fond la caisse, c’est normal que sur 24h on soit fatigué et qu’on ait besoin de se reposer. J’ai eu Armel à la VHF hier, c’était assez rigolo d’être à côté. On était tous les deux contents d’être là où on était, en approche du cap Horn. J’ai pris énormément de plaisir à naviguer dans les mers du Sud et je suis content d’arriver sur le cap Horn. On était tous les deux d’accord sur ce point. On a aussi parlé de la pluie et du beau temps, comme dans la vie de tous les jours (…) On est dans le confort minimum acceptable pour un être humain. J’exagère, mais c’est difficile car on est mouillé en permanence, il y a énormément de mer – ce qui m’a d’ailleurs plus frappé que les vents. Les gestes de la vie quotidienne deviennent compliqués et l’organisme est sollicité à force d’être remué dans tous les sens. Mais me retrouver dans un lit qui ne bouge pas sans bruit autour de moi me ferait bizarre, je ne sais pas si j’arriverais à dormir !”

 

Bernard Stamm

“J’ai pu dormir un peu, j’étais dans un secteur chaud à l’avant de la dépression, c’était assez stable donc j’ai pu me reposer et me nourrir. Après 50 jours en mer, j’aspire à pouvoir régater, pouvoir quitter mon chantier. Ce n’est pas encore tout à fait le cas mais je suis en bonne voie. Je peux faire route à vitesse normale, les manœuvres sont beaucoup plus longues mais c’est comme ça. Quand je pourrai de nouveau régater normalement ça ira super. De toute façon, je suis condamné à aller vite car c’est quand je vais vite que je peux recharger mes batteries, et la vie est beaucoup plus simple. Car quand j’étais arrêté, j’avais une vision à deux heures, j’étais incapable de dire ce qui allait se passer au-delà de deux heures. C’était super usant. Il y a toujours le moyen de jeter l’éponge et d’appeler au secours mais ce n’est pas le but du jeu. À la fin il me restait un demi-litre d’eau douce, toutes les manœuvres se faisaient à la voile, j’étais usé de mes acrobaties. Mais je préfère une bonne tempête dans le Sud où ça avance bien plutôt que ce que j’ai vécu là-bas.”

 

Javier Sanso

“Maintenir une bonne vitesse demande beaucoup de travail à bord, il faut que l’équilibre du bateau reste satisfaisant et ça, c’est un travail à plein temps. De temps en temps, j’essaie de dormir 40 minutes et sinon, je fais des micro-siestes. Malgré tout, j’ai pas mal de sommeil en retard. J’espère pouvoir mieux dormir quand le vent se sera stabilisé, en force comme en direction. Mais je me sens bien, physiquement je suis à 100%, je n’ai aucun problème. C’est un vrai motif de satisfaction. Franchement, je n’ai aucune réparation à faire. Je vérifie intégralement le bateau tous les jours, y compris les systèmes hydrauliques, et tout a l’air d’aller bien. La seule chose qui m’inquiète, c’est que le radar est cassé. Je vais devoir à nouveau grimper au mât pour le refixer car il s’est un peu désolidarisé du mât pendant une tempête et il ne tient plus que par le câble. J’ai réussi à le refixer mais c’est un nid à problèmes. Je ne suis vraiment pas rassuré dans cette zone sans mon radar.”

 

Classement du Vendée Globe

 

1 – Armel Le Cléac’h
[ Banque Populaire ]
à 7 915 milles de l’arrivée

2 – François Gabart
[ Macif ]
à 8 milles du leader

3 – Jean-Pierre Dick
[ Virbac Paprec 3 ]

à 317 milles du leader

4 – Alex Thomson
[ Hugo Boss ]

à 892.3 milles du leader

5 – Jean Le Cam
[ SynerCiel ]

à 1 949.6 milles du leader

(classement au 30/12/12 – 16H00)

 

Le Vendée Globe en direct

 

Jour après jour, retrouvez un point complet sur www.nautisme-info.com/vendée-globe

 

Partager

Articles en relation