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Yann Eliès et Charlie Dalin complètent le podium de la Transat Jacques Vabre en IMOCA.

Yann Eliès et Charlie Dalin complètent le podium de la Transat Jacques Vabre en IMOCA.
novembre 12
18:47 2015

Troisième à franchir la ligne d’arrivée de la Transat Jacques Vabre 2015 chez les IMOCA, Yann Eliès et Charlie Dalin ont rempli leur objectif de podium sur la douzième édition de cette Transatlantique entre le Havre et Itajaï. Arrivé au Brésil à 20h31, heure locale (23h31, heure française), le tandem de Quéguiner – Leucémie Espoir a passé 17 jours, 10 heures, 1 minute et 23 secondes en mer, et parcouru 6056 milles nautiques à la vitesse moyenne de 14,49 noeuds, pour venir à bout de cette course en double. Une épreuve qui faisait avant tout office de préparation pour le Vendée Globe 2016. Et à un an de ce tour du monde en solitaire et sans escale, le bilan est plus que positif pour Quéguiner – Leucémie Espoir qui a longtemps rivalisé avec PRB et Banque Populaire VIII dans cette traversée de l’Atlantique. Une donnée prometteuse, lorsque l’on sait que le premier est le bateau le plus abouti du moment et que le deuxième est doté de foils.

Quel saveur a-t-elle, cette troisième place ?

Yann Eliès : «Elle a une belle saveur, car elle vient couronner une grosse année de boulot pour toute l’équipe, et elle s’ajoute à une magnifique victoire sur la Solitaire du Figaro. Surtout, je suis content de l’avoir fait avec Charlie. Quand tu choisis un équipier, tu n’es jamais sûr que ça va bien se passer, et là, chacun a été irréprochable dans sa mission. Cette troisième place est méritée. Sur le papier, si tout le monde avait fini sa course, nous n’aurions peut-être pas fini troisièmes, mais ça fait partie du jeu, et c’était bien qu’il y ait une petite piqûre de rappel à un an du Vendée Globe. Il vaut mieux perdre la moitié de la flotte dans le Golfe de Gascogne, que dans le Pacifique ou dans l’Indien.»

Charlie Dalin : «En tant que havrais, c’est une course que je rêve de faire depuis très longtemps, alors la faire en IMOCA, sur ces bateaux magiques, c’est super ! Et finir sur le podium, c’est encore mieux ! Notre duo fonctionnait parfaitement, nous avons été dans le match d’entrée, et nous avons très bien navigué. Je suis vraiment heureux d’être là, et je remercie Yann de m’avoir embarqué, car j’ai plein de beaux souvenirs en tête.»

Lesquels justement ?

Charlie Dalin : «Des surfs à plus de 20 noeuds, des lumières de lever et de coucher de soleil incroyables, des moment de galères aussi …»

Yann Eliès : « …Et puis des albatros ! Nous avons été salués par des albatros en arrivant. Incroyable ! Ils sont venus en repérage. Ils se sont dit « tiens, il y a des skippers qui vont faire le Vendée Globe l’année prochaine, allons voir quelle tête ils ont ces petits nouveaux »… »

Yann, ça fait plusieurs fois que vous prononcez le mot Vendée Globe, vous y pensez déjà beaucoup ?

Yann Eliès: «Forcément j’y pense. Nous avons plein de petites choses à améliorer d’ici là. Nous venons de faire plus de 6000 milles, ce qui est déjà long pour une Transat, mais dans un an, nous aurons 25 000 milles à nous farcir, et aujourd’hui le bateau n’est pas prêt. Nous allons donc avoir beaucoup de boulot cet hiver. Le système de safran est un peu faiblard, et après il y a une multitude de petits détails à améliorer. Tout est tellement compliqué dans ces bateaux quand tu avances à 25 noeuds, qu’il faut que tout soit parfait. »

De quoi avez-vous envie ?

Charlie Dalin: «Etre un peu au sec, manger un bon steak, des fruits frais, boire une petite bière, et surtout fêter ça avec toute l’équipe qui a fait du super boulot. Elle nous a livré un super bateau pour la course, et c’est le moment de la remercier.»

Yann Eliès : «Oui surtout fêter ça avec les copains. Il ne faut pas oublier que la première semaine, ça a été la guerre. Ca fait un peu ancien combattant de dire ça, mais nous avons eu une première semaine difficile, donc forcément nous avons des choses à nous raconter. Cette Transat a été très complexe, et en même temps, nous avons réussi à mettre le même temps que la dernière fois, donc nous avons bien tiré sur les machines, je pense que les bateaux progressent.»

Parlons de la concurrence justement. Vous aviez dit que la réflexion sur les foils se ferait en fonction des leçons tirées de cette Transat. Quel est votre sentiment à chaud ?

Yann Eliès : «Le choix est compliqué, car il ne se résume pas à la question «foils ou pas foils ?», mais à la capacité financière et humaine de chacun à avoir une machine prête pour le départ du Vendée Globe. La réponse est là, dans un tableur Excel. Savoir si nous avons l’argent, le temps, et les moyens. Si nous avons la force de frappe de mettre des foils, il faut y aller. Mais sinon, il vaut mieux perfectionner notre outil comme a su le faire et le démontrer Vincent Riou. Et pourquoi pas gagner le Vendée Globe sans foils. C’est possible! »

Avec Charlie, vous vous êtes battus comme des lions sur la Solitaire du Figaro. Cette fois vous étiez associés dans l’adversité. Qu’est ce que vous retenez de cette expérience ?

Charlie Dalin : «C’est une belle expérience, et quand nous avons franchi la ligne d’arrivée, j’ai fait exprès de me mettre devant Yann ! (Rires)»

Yann Eliès : «Ca permet de mieux lire la personnalité de l’autre, de découvrir ses points forts, ses points faibles, ses capacités techniques, psychologiques, physiques… Je ne sais pas si nous serons amenés à nous recroiser sur une Solitaire du Figaro, mais ça promet une belle bagarre ! Charlie, c’est un marin qui n’a pas froid aux yeux. Je crois que je l’ai emmené dans mon sillage, il m’a suivi les yeux fermés. C’est aussi un bon camarade, un combattant qui n’a jamais froid, qui n’est jamais malade, jamais fatigué. Je n’aurais jamais pu aborder les conditions que nous avons eu sans quelqu’un comme lui. Il a aussi une grosse capacité de travail devant l’ordinateur. Moi je fonctionne plutôt au feeling, mais nous sommes souvent arrivés à la même conclusion, et je pense que c’est un futur grand marin. Il est fait pour faire le Vendée Globe, il est vraiment fait pour ça.»

Vous Charlie, qu’est ce que vous retenez de cette association avec Yann ?

Charlie Dalin: «Sa capacité à ne jamais rien lâcher. Que ce soit les réglages, le matossage, les ballasts, quand il est sur le bateau, il est en mode machine, ça y va ! Nous fonctionnons de deux manières différentes, nous le savions, et nous avons pu le constater sur l’eau. Moi je passe plus de temps sur l’ordinateur, et j’ai l’impression que j’apporte une trame de travail autour de laquelle nous pouvons prendre des décisions au feeling. Pour bien choisir, il faut avoir plusieurs options, et après il faut l’humain, le feeling, les sensations, et Yann apporte bien cela.»

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