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Yann Eliès remporte pour la deuxième fois consécutive La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire

Yann Eliès remporte pour la deuxième fois consécutive La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire
juin 24
17:55 2013

 

Yann Eliès a frappé un grand coup en terminant deuxième de la quatrième et dernière étape de la Solitaire du Figaro – Eric Bompard cachemire entre Roscoff et Dieppe, ce samedi, peu après 22 heures (crédit photos : A.COURCOUX).

 

C’est à un rythme d’enfer qu’il a avalé les 520 milles de ce dernier acte disputé, pour l’essentiel, dans des conditions dantesques qui ont mis à mal ses concurrents directs. Le skipper de Groupe Quéguiner – Leucémie est allé au bout de lui-même pour aller chercher le titre mais il a aussi et surtout montré à tous ceux qui en doutaient qu’il avait un mental en béton armé.  De fait, remporter un deuxième titre consécutif sur cette épreuve exigeante qu’est la Solitaire est une performance inédite, mais le décrocher après une rupture d’étai dans la troisième manche est tout simplement un exploit magistral !

 

Phénoménal Yann Eliès !

Yann Eliès remporte pour la deuxième fois consécutive La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire. Le Briochain avait réussi à sauver sa troisième étape malgré la casse de son étai de mât, puis a donné le rythme de cette ultime manche avec Adrien Hardy, vainqueur à Dieppe. Mais son dauphin au classement général est la véritable révélation de l’année : Xavier Macaire a donné tellement du fil à retordre à ses concurrents qu’il devance de trois minutes et quelques secondes Morgan Lagravière, moins incisif sur ce final musclé !

Pour briller sur cette 44ème édition de La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire, il fallait doser les ingrédients : un bon fond de préparation, une timbale de motivation, une louche de sérénité, un zeste de réussite, une grosse pincée d’opportunisme, un filet de résistance. Le tout bien secoué dans le shaker du cap Ortegal puis de la Manche pour obtenir un suc aux trois saveurs : Yann Eliès (Groupe Quéguiner – Leucémie Espoir) le fruit mûr aux quatorze participations, Xavier Macaire (Skipper Hérault) le goût pimenté de la Méditerranée, Morgan Lagravière (Vendée) la fragrance des jeunes pousses. Quelques amertumes aussi pour certains habitués aux places d’honneur, des astringences œnologiques entre Bordeaux et Porto, des fraîcheurs âpres le long des côtes anglaises, des salinités excessives entre Yeu et Sein, entre Fairway et Antifer…

 

 

 

Un podium revisité !

Cette ultime étape entre Roscoff et Dieppe a totalement bouleversé la hiérarchie car c’est le grand chambardement parmi les douze premiers et surtout pour les places sur le podium puisque Frédéric Duthil, leader en Bretagne avec de la marge, s’enfonce au classement, quand Yann Eliès s’adjuge la première place devant Xavier Macaire et Morgan Lagravière. Le skipper de Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir est donc le premier solitaire depuis l’adoption du monotype Figaro-Bénéteau à enchaîner deux victoires consécutives ! Jusqu’au bout, le doute planait sur l’issue de cette 44ème édition de La Solitaire du Figaro-Eric Bompard cachemire car même si le passage à la bouée d’Antifer permettait de comptabiliser les écarts, il y avait encore une cinquantaine de milles à parcourir dans une brise de secteur Ouest variant de 20 à 30 nœuds… Le moindre écart pouvait coûter très cher soit en casse, soit en temps pour ranger après un vrac. Et Yann Eliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) ne voulait pas lâcher le morceau face à Adrien Hardy (Agir recouvrement) pour l’octroi d’une nouvelle victoire d’étape !

 

Le goût des autres

A Roscoff baigné par les saveurs iodées des grandes marées à venir (90 de coefficient pour l’arrivée à Dieppe samedi soir), Frédéric Duthil (Sepalumic) semblait inébranlable : avec une demie heure d’avance sur Morgan Lagravière et Yann Eliès, cette ultime Manche n’avait pas de quoi inquiéter. Surtout que l’ex-planchiste aux dix participations avait déjà brillé dans des conditions aussi musclées que celles annoncées. Du médium pour déborder Ouessant, du petit temps pour rallier la Chaussée de Sein, encore du médium pour embouquer le chenal du Four puis pour traverser la Manche, et du « lourd » pour effectuer les 300 derniers milles entre Wolf Rock et l’arrivée… Pas au goût de tout le monde puisque Vincent Biarnes (Prati’Bûches) devait jeter l’éponge dès l’île de Batz suite à la rupture de son étai (câble qui retient le mât sur l’avant), puis le « bleu » Joan Ahrweiller (Région Basse Normandie) sur vit de mulet rompu et Yannig Livory (Thermacote France) sur souci médical. Et Claire Pruvot (Port de Caen Ouistreham) et Jean-Paul Mouren (SNEF) n’étaient pas à la fête quand ils durent refouler la marée montante au large de Ouessant : décrochage immédiat ! Puis ce fut Didier Bouillard (Jéhol) qui revenait au port suite à des problèmes récurrents de pilote automatique. Car à l’ourlet de la Manche, le reste de la flotte était encore au contact avec moins de huit milles de différentiel. Mais c’est lorsqu’il a fallu capeler le ciré au passage de Wolf Rock, que les « loups » se sont réveillés : le trio Macaire-Eliès-Hardy était le premier à envoyer le spinnaker et à débouler sur une mer en formation et dans un vent de plus en plus tonique. Tenir la toile était le leitmotiv de tous, mais tous n’avaient pas la même vision du décor ! Trop prudents pour ne pas risquer de casser ou trop impressionnés par ce vent à décorner les bœufs, dans une nuit noire et sous une chape de pluie de plus en plus dense, certains solitaires ont perdu le fil qu’il devenait impossible de rembobiner puisque la dépression atlantique devait balayer tout le plan d’eau jusqu’à Dieppe.

 

Coup de frais

Et cela fraîchissait tellement que Damien Guillou (La Solidarité Mutualiste) en perdait son mât et rejoignait un abri anglais, puis Paul Meilhat (Skipper Macif 2011) voyait sa tête de mât se désolidariser. Et pendant ce temps, le « club des cinq » allumait avec des vitesses de pointe supérieures à 18 nœuds ! Eliès, Hardy, Macaire, Richomme et Lagravière donnaient un tempo digne des tambours du Bronx alors que derrière, la meute tentait de raccrocher la rame avec Jérémie Beyou (Maître CoQ) en chef de bande. Car les prétendants au podium commençaient à compter les points : Frédéric Duthil semblait déjà en ballottage à plus de dix milles des leaders alors que Star Point n’avait pas encore été paré… La première place au classement général devait donc se jouer au sein du trio Lagravière-Eliès-Macaire puisque leurs deux compatriotes de cette échappée, Yoann Richomme (DLBC) et Adrien Hardy (Agir recouvrement) concédaient beaucoup trop de temps pour espérer les inquiéter au classement général cumulé. Et les deux solitaires les plus impressionnants dans cette baston qui prenait de plus en plus de coffre, étaient Adrien Hardy et Xavier Macaire. Le Méditerranéen passait d’ailleurs en tête la bouée de Fairway à l’entrée du chenal de l’île de Wight avec deux milles d’avance sur Adrien Hardy et Yann Eliès, Morgan Lagravière ayant décroché dans la baie de Plymouth. Le solitaire méditerranéen étant handicapé par son ballast tribord percé au départ à Roscoff, sa marge fondait sur le long bord de vent de travers en direction d’Antifer car Adrien voulait en finir sur une note positive (et une deuxième victoire d’étape après celle de 2010) tandis que Yann voulait préserver sa place de leader potentiel au classement général.

 

Interview de Yann Eliès

 

Ce quatrième et dernier acte de cette 44e édition de la Solitaire aura été une étape de gros bras. Elle a été très dure et a créé des écarts considérables…

« Clairement. Avec Adrien Hardy et Xavier Macaire, nous avons formé un trio infernal. Nous avons vraiment été au taquet du début à la fin. J’aurais été tout seul, j’aurais sans doute calmé le jeu mais je ne voulais laisser partir personne. Le fait est que quand tu as deux bateaux autour de toi et que tu ne sais pas où sont les autres, tu te dis qu’il faut attaquer. C’était limite raisonnable, c’était chaud, c’était tout ce qu’on veut…Mais c’est grâce à la bagarre infernale que l’on s’est livrée en tête de la flotte avec mes deux camarades de jeu que j’ai réussi à me pousser dans mes derniers retranchements. Tous les trois, nous sommes allés loin dans le défi physique et mental »

D’entrée de jeu, vous avez été aux avant-postes. Vous y avez cru tout de suite ?

« C’est venu petit à petit. Je suis parti en me disant que 32 minutes, c’était jouable mais que c’était quand même chaud. J’ai pris un bon départ et les deux-trois premiers petits coups que j’ai faits ont directement été payant mais le déclic a véritablement été à Ouessant. Là, j’ai joué un coup. J’ai choisi de contourner l’île pour éviter le courant. Dès lors, ça m’a mis dedans et ensuite, j’ai été surpris de constater que mes principaux concurrents lâchaient prise. Ca a commencé par Morgan Lagravière puis tous les autres ont suivi. En fait, je ne sais pas trop ce qui s’est passé. Je n’avais pas de classement parce que la priorité de la Direction de course était d’assurer la sécurité. Avec Adrien et Xavier, nous nous sommes monté le bourrichon, nous nous sommes tirés la bourre et je n’ai su que cet après-midi que j’avais 26 milles d’avance sur Frédéric Duthil. Avant, j’ignorais les écarts mais j’étais le couteau entre les dents. »

Vous décrochez un deuxième titre consécutif. C’est une performance inédite dans l’histoire de la Solitaire du Figaro. Réalisez-vous que vous venez de faire quelque chose d’énorme ?

« C’est vrai que c’est énorme et ça l’est d’autant plus qu’il y a la manière… Je gagne après avoir cassé mon étai. Il y a toute une histoire derrière cette victoire. C’est à tomber les fesses par terre ! J’y crois à peine mais je l’ai fait ! J’avais rêvé de gagner la Solitaire une deuxième fois et en partant de Roscoff j’avais imaginé cette victoire incroyable après mon avarie. C’est vraiment génial. Cette 44e édition s’est jouée un peu par élimination mais moi, je n’ai jamais abdiqué. Il est vrai que le fait d’avoir réussi une très belle première étape m’a permis de commettre une erreur, ce que la plupart des favoris n’ont pas eu la chance d’avoir. A l’arrivée à Porto, ils étaient tous un peu touchés moralement. Cette victoire est extra d’autant qu’il va y avoir un beau podium. »

Ce que vous retiendrez de cette Solitaire 2013 ?

« Je retiendrai la première étape et la casse de mon étai. Ce sont deux moments aux antipodes, l’un où tu te dis que la course est quasiment faite et l’autre où tu vois tout qui s’écroule. … Arriver à surmonter ça, ça veut dire que je suis fort et que je n’abdique pas. Que je n’abdique jamais. »

 

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